Aubigné

Le Printemps


VI


 
J’ouvre mon estomac, une tombe sanglante
De maux ensevelis. Pour Dieu, tourne tes yeux,
Diane, et vois au fond mon cœur parti en deux,
Et mes poumons gravés d’une ardeur violente.
 
Vois mon sang écumeux tout noirci par la flamme,
Mes os secs de langueurs en pitoyable point,
Mais considère aussi ce que tu ne vois point,
Le reste des malheurs qui saccagent mon âme.
 
Tu me brûle’ et au four de ma flamme meurtrière
Tu chauffes ta froideur : tes délicates mains
Attisent mon brasier et tes yeux inhumains
Pleurent non de pitié, mais flambants de colère.
 
À ce feu dévorant de ton ire allumée
Ton œil enflé gémit, tu pleures à ma mort,
Mais ce n’est pas mon mal qui te déplaît si fort
Rien n’attendrit tes yeux que mon aigre fumée.
 
Au moins après ma fin que ton âme apaisée
Brûlant le cœur, le corps, hostie à ton courroux,
Prenne sur mon esprit un supplice plus doux,
Étant d’ire en ma vie en un coup épuisée.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 8 novembre 2016 à 17h54

Dieu-Terme
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Du couchant la lueur sanglante
Bientôt va colorer le dieu ;
Si tu volais un fruit ou deux,
Sa réaction serait violente.

Du ciel descendrait une flamme,
T’aurais des trous à ton pourpoint ;
Je te le dis, n’en doute point,
Crains-le, pour le bien de ton âme.

La flamme n’est pas meurtrière,
Mais bien trop chaude pour tes mains ;
Or, le dieu n’est pas inhumain,
Fort brève sera sa colère.

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