Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Le Vin des Amants


 
Aujourd’hui l’espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !
 
Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !
 
Mollement balancés sur l’aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,
 
Ma sœur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 mai 2013 à 10h16



À travers la vapeur splendide,
L’aède accourt à toute bride ;
La muse lui offre le vin
Qui produit un songe divin,

Plus doux que de la confiture,
Plus sauvage qu’une aventure,
Plus clair que le ciel du matin.
On voit surgir, dans le lointain,

Une grenouille aux blanches ailes
Qui dit des trucs intelligents
Sur les univers parallèles ;

Puis, dans une eau vive plongeant,
Disparaît au pays des rêves,
Avant que la nuit ne s’achève.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 30 mai 2024 à 11h29

Voir

https://paysdepoesie.wordpress.com/2013/08/15/baudelaire-voit-une-grenouille/

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 30 mai 2024 à 11h33

Le vin vieux
---------

Ce breuvage nous rend splendides,
Il dissout nos songes morbides ;
Buveur, souviens-toi que le vin
Vient d’un sacrifice divin.

C’est narré dans les Écritures ;
À la fin de son aventure,
Le corps du Fils devient le pain,
Et son sang, le vin des copains.

Puis il eut d’invisibles ailes
Pour voler vers les cieux changeants ;
Un chroniqueur nous le rappelle.

Buvez donc ce vin, braves gens,
Il vous mène au pays des rêves ;
Ainsi vos souffrances s’achèvent.

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