Francis Jammes


Fragment : Les Processions des campagnes


 
Nous sommes les processions des campagnes.
Devant nous se dressent les montagnes,
et nous chantons sur la route en poussière, amie des ânes.
 
Les petites filles blanches et empesées
portent de petites bannières et sont frisées
comme les doux agneaux qui sont dans les prés.
 
La procession a deux rangs qui vont lentement.
On marche un à un. Les hommes vont gravement,
en tendant le jarret, le chapeau à la main.
 
C’est une gloire. On dirait des choses qui volent.
La rue de la petite ville est fraîche, et les banderolles
inclinent des baisers à la jonchée d’herbes douces.
 
Le chant monte et la petite place, au soir,
agite poétiquement sur le pur reposoir
les arbres municipaux frais comme des arrosoirs.
 
L’Élévation ! À genoux ! Les feuilles comme des arrosoirs
pleurent sur le peuple agenouillé et plein d’espoir,
et alors, dans l’enthousiasme, vers l’ostensoir
 
les petites filles jettent des pétales de roses,
et les fllles plus âgées qui chantaient si douces,
se taisent, courbées devant les vases de mousse,
 
et la clochette tinte saintement,
et le peuple se relève tout doucement.
Tout ça a quelque chose de très calmant.
Nous sommes les processions
des Fêtes-Dieu, des Rogations,
les Adorations, les Bénédictions.
 
Nous sommes tristes comme les vieux jardins du pays basque,
comme les croix en fleurs des routes pâles,
comme l’âme du poète qui vit dans un village,
 
et qui regarde passer, sur les pavés très âgés,
les pas morts de parents morts qui furent aux îles,
et qui donnent sous les tabacs roses des Antilles,
 
dans la paix de la mort d’un cimetière abandonné.
 

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