Rollinat

Paysages et paysans, 1899


La Meunière


 
La meunière, une forte et rougeaude jeunesse,
Chantait dans sa charrette en piquant son bardeau ;
Tout à coup, l’animal quittant son pas lourdaud,
Partit brusque ! il venait de sentir une ânesse.
 
Celle-ci, l’ayant vu du fond du brouillard pâle,
D’un long cri de désir hélait le bourriquot
Lequel hâtait sa course en ébranlant l’écho
D’un grand hi-han tout plein de sa vigueur de mâle.
 
Jointe, ce fut l’éclair ! Entre ses pieds roidis
Il lui serra les flancs et l’eut toute ! Et, tandis
Qu’allaient se consommant ces amours bucoliques,
 
Renversée en arrière, avec un œil fripon,
La meunière, à deux mains rabattant son jupon,
Riait, jambes en l’air sur les limons obliques.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 21 novembre 2012 à 15h27


Ce vieux chercheur, dans sa jeunesse,
Pouvait porter de grands fardeaux.
Mais il était un peu lourdaud,
Il a bien gagné en finesse.

Son âme, maintenant plus pâle,
Prend des traits un peu monacaux,
Sa parole crée moins d’écho,
Mais ce n’est pas pour ça qu’il râle.

Car son esprit n’est pas roidi,
Son talent n’est pas refroidi,
Son chant est toujours bucolique.

Il ne va plus, tel un fripon,
Soulevant les chastes jupons,
Mais il jette un regard oblique.

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