Remy de Gourmont

Simone, 1901


L’Église


 
Simone, je veux bien. Les bruits du soir
Sont doux comme un cantique chanté par des enfants ;
L’église obscure ressemble à un vieux manoir ;
Les roses ont une odeur grave d’amour et d’encens.
 
Je veux bien, nous irons lentement et bien sages,
Salués par les gens qui reviennent des foins ;
J’ouvrirai la barrière d’avance à ton passage,
Et le chien nous suivra longtemps d’un œil chagrin.
 
Pendant que tu prieras, je songerai aux hommes
Qui ont bâti ces murailles, le clocher, la tour,
La lourde nef pareille à une bête de somme
Chargée du poids de nos péchés de tous les jours ;
 
Aux hommes qui ont taillé les pierres du portail
Et qui ont mis sous le porche un grand bénitier ;
Aux hommes qui ont peint des rois sur le vitrail
Et un petit enfant qui dort chez un fermier.
 
Je songerai aux hommes qui ont forgé la croix,
Le coq, les gonds et les ferrures de la porte ;
À ceux qui ont sculpté la belle sainte en bois
Qui est représentée les mains jointes et morte.
 
Je songerai à ceux qui ont fondu le bronze
Des cloches où l’on jetait un petit agneau d’or,
À ceux qui ont creusé, en l’an mil deux cent onze,
Le caveau où repose saint Roch, comme un trésor ;
 
À ceux qui ont tissé la tunique de lin
Pendue sous un rideau à gauche de l’autel ;
À ceux qui ont chanté au livre du lutrin ;
À ceux qui ont doré les fermoirs du missel.
 
Je songerai aux mains qui ont touché l’hostie,
Aux mains qui ont béni et qui ont baptisé ;
Je songerai aux bagues, aux cierges, aux agonies ;
Je songerai aux yeux des femmes qui ont pleuré.
 
Je songerai aussi aux morts du cimetière,
À ceux qui ne sont plus que de l’herbe et des fleurs,
À ceux dont les noms se lisent encore sur les pierres,
À la croix qui les garde jusqu’à la dernière heure.
 
Quand nous reviendrons, Simone, il sera nuit close ;
Nous aurons l’air de fantômes sous les sapins,
Nous penserons à Dieu, à nous, à bien des choses,
Au chien qui nous attend, aux roses du jardin.
 

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