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Les Trophées

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Les Trophées, 1893


La Sieste


 
Pas un seul bruit d’insecte ou d’abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d’émeraude.
 
Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s’allonge et se croise à travers l’ombre chaude.
 
Vers la gaze de feu que trament les rayons
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu’enivrent la lumière et le parfum des sèves ;
 
Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d’or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rêves.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 30 août 2014 à 11h08


Paresse matinale
---------------------------


Un troll se demandait s’il irait en maraude
Au travers des vergers que baignait le soleil ;
Le monde lui semblait alangui de sommeil,
Comme l’était aussi son regard d’émeraude.

Pourquoi se rendre aux champs, tant de lutins y rôdent !
Bouger, ne pas bouger, après tout, c’est pareil :
Autant laisser couler le breuvage vermeil
Qui procure au passage une sensation chaude.

Du soleil à présent s’alourdit le rayon ;
Un troll n’est point léger comme les papillons,
Il vit de bonne soupe, et non de pure sève.

Il réfléchit encore, et puis il perd le fil,
N’ayant le moindre goût pour ce qui est subtil,
Il ne réfléchit plus, il s’abandonne au rêve.

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Déposé par Cochonfucius le 6 octobre 2017 à 12h23

Moulin fatidique
-----------------

Le Cavalier suédois vint ici en maraude ;
Le moulin fut baigné d’un hivernal soleil,
Les frelons du bocage étaient en plein sommeil,
Sous la neige dormait la prairie d’émeraude.

Dangereux sont les champs, tant de soldats y rôdent !
Officier, malfaiteur, après tout, c’est pareil :
Le meunier verse aux deux le breuvage vermeil,
En bas de l’édifice  est une pièce chaude.

Du soleil à présent s’affaiblit le rayon ;
Des archanges, légers comme des papillons,
Se cachent dans un arbre à l’immobile sève.

Assez rapidement, le lecteur perd le fil,
Maître Léo Perutz est un auteur subtil,
Il raconte une vie plus étrange qu’un rêve.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 12 juillet 2020 à 13h05

Monstrechien
---------

C’est un être furtif, l’ambichien qui maraude,
Car jamais ce truand ne se met au soleil;
Il marche quand les bois sont livrés au sommeil,
À l’affût du gibier qu’il peut glaner en fraude.

Je croise rarement son regard d’émeraude,
Pour fuir une rencontre il n’a pas son pareil;
Même si je l’attire avec des fruits vermeils,
Cet animal se rit de mon offre pataude.

Autrefois de sa chaîne il rompit les maillons,
Voulant vagabonder comme les papillons;
Ainsi se termina sa servitude brève.

Des diables de se monde il n’est pas le plus vil,
Il est bien raisonnable, et même assez subtil,
Sauf quand vient lui parler la Dame dont il rêve.

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