Hugo

(1802-1885)

Les Contemplations (I)

(1856)

Un јоur је vis, dеbоut аu bоrd dеs flоts mоuvаnts...

Livre premier. Aurore +
Livre deuxième. L’Âme en fleur ×
Livre troisième. Les Luttes et les Rêves +
 

Hugo

Les Contemplations (I), 1856


             
XXII


Aimons toujours ! aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour, c’est l’hymne de la nuit.
 
Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !
 
L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a, pour réchauffer le cœur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon, c’est le bonheur !
 
Aime ! qu’on les loue ou les blâme,
Toujours les grands cœurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l’âme
À la jeunesse de ton front !
 
Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu’on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !
 
Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !
 
Soyons le miroir et l’image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l’ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu’un !
 
Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grands fronts brûlants et rêveurs.
 
Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !
 
Nous seuls comprenons vos extases ;
Car notre esprit n’est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur cœur.
 
Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l’onde
Tout ce qui n’est que vanité,
 
Je préfère, aux biens dont s’enivre
L’orgueil du soldat ou du roi,
L’ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.
 
Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l’on se dit : « Qu’en reste-t-il ? »
 
Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S’effeuille et meurt, lys, myrte ou rose,
Et l’on se dit : « C’est donc fini ! »
 
L’amour seul reste. Ô noble femme,
Si tu veux, dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l’amour !
 
Conserve en ton cœur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s’éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !
 

Mai 18...

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 4 mars 2013 à 10h01

Homme qui d’amour s’enivre
Se croit plus heureux qu’un roi ;
À la fin, l’amour le livre
À des tourments, croyez-moi.

L’inspiration allumée
Au fond de ce coeur subtil,
Est ainsi qu’une fumée :
Regardez, qu’en reste-t-il ?

Chaque rime, à peine éclose,
Touchant le papier terni
Pleure le destin des roses
Et de la vie qui finit.

De ce vieux fils d’une femme,
Combien long fut le séjour
Pendant tout lequel son âme
Se plongea dans ses amours !

Ayant vécu sans rien craindre,
Il ne craint pas de souffrir.
Ses forces peuvent s’éteindre ;
Il ne craint pas de mourir.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 24 juin 2016 à 17h56

Charpentiers, père et fils
-----------------------------

Travaillant encore et encore,
Ils ne voient pas le temps qui fuit.
Ouvrant leur chantier à l’aurore,
Ils le closent quand vient la nuit.

Braves pêcheurs sur les rivages,
Nobles bergers en haut des monts,
Paysans guettant les nuages,
Anges, dieux, vestales, démons,

Les charpentiers, veuillez le croire
Vous serviront de tout  leur coeur
Sans réclamer la moindre gloire,
Sans rien... tout juste le bonheur !

[Lien vers ce commentaire]

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