Hugo

(1802-1885)

Les Contemplations (II)

(1856)

Livre quatrième. Pauca meæ +
Livre cinquième. En marche ×
Livre sixième. Au bord de l’infini +
 

Hugo

Les Contemplations (II), 1856


             
XVIII
Apparition


 
Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
— Qu’est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. Il répondit : — Je viens prendre ton âme.
Et j’eus peur, car je vis que c’était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
— Que me restera-t-il ? car tu t’envoleras.
Il ne répondit pas ; le ciel que l’ombre assiège
S’éteignait... — Si tu prends mon âme, m’écriai-je,
Où l’emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. — Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ?
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l’ange devint noir, et dit : — Je suis l’amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l’ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.
 

Jersey, septembre 1855.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 avril 2015 à 11h04


Forteresse maritime
--------------------------

Un édifice qui tient tête
Aux plus redoutables tempêtes ;
Les habitants, malgré le bruit,
Passent une paisible nuit.

Ici sont de très sages âmes,
Pieux hommes, pieuses femmes,
Tous mangent du mouton bien gras
Et dorment dans de pesants draps.

Nul ennemi ne les assiège,
Nul félon ne leur tend de pièges :
On est satisfait, en ce lieu,
Et de la pluie, et du ciel bleu.

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