Francis Jammes

(1868-1938)

De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir

(1898)

Lе pаuvrе piоn

Lоrsquе је sеrаi mоrt

Lа mаisоn sеrаit plеinе dе rоsеs

J’аimе l’ânе

Silеnсе

L’аprès-midi

С’еst аuјоurd’hui

J’аllаi à Lоurdеs

Αvес tоn pаrаpluiе

Dаns lе vеrgеr

Βâtе un ânе

Lаissе lеs nuаgеs

J’аllаis dаns lе vеrgеr

Се sоnt lеs trаvаuх

J’аimе dаns lе tеmps

Viеillе mаrinе

Si tu pоuvаis

Lеs villаgеs

Οn m’érеintе

Un gеntilhоmmе

Dimаnсhе dеs Rаmеаuх

Lеs Dimаnсhеs

Lа sаllе à mаngеr

Un јеunе hоmmе

J’аi fumé mа pipе еn tеrrе

Lе viеuх villаgе

Jе lе trоuvаi

Viеillе mаisоn

Αu bеаu sоlеil

Lе pаuvrе сhiеn

Lа vаlléе

Ιl vint à l’étudе

Ρоur sоn mаriаgе

Соmmе un сhаnt

À Jеаnnе Fоrt

J’аi été visitеr

Lеs gruеs

Ιl у а pаr là

Jе mеttrаi

J’étаis gаi

Lе vеnt tristе

Εllе vа à lа pеnsiоn

Αu bоrd dе l’еаu vеrtе

Jе suis dаns un pré

Lа јеunе fillе

Jе pаrlе dе Diеu

Lа pоussièrе frоidе

Dаns lа grаngе

Lе саlеndriеr utilе

Sеptеmbrе

Αuјоurd’hui, lе lоng dе lа nuit

Ιl еst près dе Sаllеs

Οn dit qu’à Νоël

Lа pаiх еst dаns lе bоis

Се fils dе pауsаn

L’еаu соulе

Αvес lеs pistоlеts

J’аi vu, dаns dе viеuх sаlоns

Lе pауsаn

Lеs pâturаgеs

Саügt

Jе сrèvе dе pitié

Τu sеrаis nuе sur lа bruуèrе

Τu sеrаs nuе

Un nuаgе еst unе bаrrе

Lа gоmmе соulе

Οh ! се pаrfum

Lа pоussièrе dеs tаmis

Τu viеndrаs

Lе sоlеil fаisаit luirе

Quаnd dаns lе brоuillаrd

Τаpе lе lingе

Τu t’еnnuiеs ?

Lе villаgе à midi

Τu éсrivаis

Viеns, је tе mеttrаi

Jе sаis quе tu еs pаuvrе

Ιl s’оссupе

Τа figurе dоuсе

Vоiсi lеs mоis d’аutоmnе

Соnfuсius rеndаit lеs hоnnеurs

Jе t’аimе

Εn sоngеаnt

Τu rirаis

Jе sоuffrе, mаis

Lеs pеtitеs соlоmbеs

Ô tоi, rоsе mоussuе

Αmiе, sоuviеns-tоi

Lа fеrmе étаit luisаntе

Jе rеgаrdаis lе сiеl

Lе сhаt еst аuprès du fеu

Ρоurquоi lеs bœufs

Ιl vа nеigеr

С’étаit аffrеuх

L’éviеr sеnt fоrt

J’аi unе pipе

L’ânе étаit pеtit

Jе pеnsе à Jеаn-Jасquеs

Αu mоulin du bоis frоid

Ιl у аvаit dеs саrаfеs

Lеs bаdаuds

Lа јеunе fillе un pеu sоuffrаntе

Quаnd vеrrаi-је lеs îlеs

Ιl у а un pеtit соrdоnniеr

Jе m’еmbêtе

J’éсris dаns un viеuх kiоsquе

Vоiсi lе grаnd аzur

Сеttе pеrsоnnе

Du соurаgе ?

Αvаnt quе nоus rеntriоns

Éсоutе, dаns lе јаrdin

С’étаit à lа fin

Quе је t’аimе

Unе fеuillе mоrtе tоmbе

 

Francis Jammes

De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir, 1898


Voici le grand azur


 

À Eugène Carrière.


Voici le grand azur qui inonde la petite ville.
Les paysans sont arrivés pour le marché.
Des petits enfants ont des bas couleur de cerise.
Ils sont venus le long de la fraîcheur des haies.
 
Là-bas, la neige des montagnes casse le ciel.
Oh ! que tout cela est doux, est édifiant !...
On voit des vaches d’or et des cochons d’argent,
et des vieilles qui vendent du fromage et du sel.
 
La mairie est carrée avec sa vieille horloge
qui retarde toujours même lorsqu’elle avance.
Et les platanes bleus sous qui l’ombre s’allonge
abritent les ménétriers et les hommes qui dansent
 
en rebondissant, légèrement, sur leurs blanches sandales.
Et les filles arrivent et se mêlent à eux.
Elles posent à terre des paniers pleins d’œufs
et, sérieusement et douces, elles dansent.
 
Ce n’est qu’un calme, avec des mouches silencieuses
qui tournent au soleil dans l’azur accablant
et, là-bas, du côté du foirail en feu blanc,
un âne aux dents jaunes brait sous les tranquilles cieux.
 
Les enfants regardent luire dans de belles fioles
des bonbons tout suants et doux à la salive,
et l’on voit passer de bien élégantes filles,
aux doux cheveux noirs et luisants, aux jupes sonores.
 
Elles causent avec les doux adolescents
qui tiennent l’aiguillon qui piquera la croupe
des bœufs au front barré, qui l’un à l’autre s’arc-boutent,
les jambes obliques, pour traîner les chars criants.
 
Le retentissement des auberges s’enflamme.
Le café est versé sur les tables de bois.
Les pactes se concluent et lents, magnifiques et graves,
les pères des maisons et les jeunes fils boivent.
 
Voici le pharmacien aux boules vertes et rouges,
voici le cordonnier des pauvres pauvres gens,
voici la mercière aussi grise qu’un songe
dans sa pauvre boutique où entrent peu de chalands.
 
Voici mon métayer avec ses mains calleuses
qui a coupé la tuie sur le coteau aride
et dont le cou de brique garde de saintes rides.
Voici le ronflement des tremblantes batteuses.
 
Voici les petits garçons revenant de l’école,
de l’encre aux doigts, avec de modestes cartables,
voici les chevaux lourds et luisants des gendarmes,
voici les marchandes d’agneau frisées aux tempes.
 
Voici le facteur rural qui va là-bas,
vers les chemins qui sont comme des fleurs en ruisseaux,
voici les moineaux roux plus doux que des enfants,
voici les pigeons bleus plus doux que des moineaux.
 
Voici le cimetière à la tristesse gaie,
où, un jour, si Dieu veut, je m’en irai dormir...
Je veux des églantiers plus doux que des désirs...
Allez, et cueillez-les dans la plus belle haie.
 
Voici dégringoler les noires petites rues,
voici le clocher blanc tout fleuri d’hirondelles
et le marchand de bibles et la tranquille allée
où l’on promène doucement au crépuscule.
 
Voici les doux enfants jouant à la marelle :
Marie-Louise, Aurélie et bien d’autres encore...
Ils sont plus innocents que la rosée des roses
qui pleurent sur la douce et usée margelle...
 
Ils chantent, se tenant les mains en un rondeau.
Ils chantent, doucement ineffables, ces mots :
« Au rondeau du Mayaud, au rondeau du Mayaud,
Ma grand’mère, ma grand’mère, ma grand’mère a fait un saut. »
 
Voici d’autres enfants portant des arrosoirs,
et la tranquillité des tombées tendres des soirs.
Voici le cliquetis des sabots d’écoliers
qui courent, comme des graines, au vent léger.
 
Voici, au-dessus des murs de lézards et de lierre,
de roses arbres plus doux que ma bien-aimée
n’est douce, mon aimée plus douce que les eaux,
plus douce que l’écorce légère des roseaux.
 
Voici des abricots sucrés comme sa bouche,
voici sur les platanes le cri aigre des cigales,
et voici la colline où, après les averses douces,
l’arc-en-ciel fleurit comme un grand verger pâle.
 
Voici des papillons plus papillons que l’azur,
et voici le gazon qui ressemble à l’azur.
Voici une hirondelle et voici un mendiant,
et les rogations qui enchantent par leurs chants.
 
Voici les ânes doux qui crèvent sous les bâts.
Voici les vieilles fées qui portent dans leur cabas
l’ombre mystérieuse, fraîche et centenaire,
des baisers échangés à l’ombre des chaumières.
 
Voici une daüne montée sur une grande mule.
C’est la maîtresse d’une grande maison paysanne.
Elle range le linge au fond frais d’une armoire
immense, en une salle aux grands rideaux de tulle
 
où, l’été, voltigent et bourdonnent les mouches bleues.
Voici encore les jeunes filles des environs,
plus fraîches qu’aux mousses ne sont les mousserons,
plus fraises que la fraise au fond du ravin bleu.
 
Voici encore le calme de ma douce chambre,
voici Flore ma chienne, voici Marbot mon chien,
voici Nice mon chat et Li-Ti-Pu ma chatte,
et les portraits d’amis dans tout cet air ancien.
 
Voici le châle guadeloupéen de ma grand’mère,
voici aussi ici la toute petite chaise
où mon père, à sept ans, devait être bien à l’aise,
alors qu’il traversait les étoiles des mers...
 
Laisse-moi, ô mon Dieu, m’agenouiller à terre.
Je veux te célébrer en pleurant dans mes mains.
Si je suis malheureux, c’est que c’est un mystère :
tu as consolé Job souffrant sur le purin.
 
Tu m’as donné la vie. N’est-ce assez, ô mon Maître ?
Voici les toits de zinc, le pont, le gave vert,
et la petite ville aux obscures fenêtres,
et les brebis avec le chien et le berger.
 

                                 
1897.

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 5 mars 2014 à 10h56

Voici ma vie
--------------

Voici l’azur printanier
Qui du canal suit la rive ;
Voici le grand cerisier
Sous lequel chante la grive.

Voici le sommet des monts
Qui est un pays de neige ;
Voici le pré du cochon
Qui est tout en terre beige.

Voici le vieil horloger
À la vision incertaine ;
Voici le bel oranger
Posé près d’une fontaine.

Voici le fin cordonnier
Qui ajuste les sandales
Pour que respirent les pieds
Du facteur, quand il pédale.

Voici l’homme aux dures mains
Qui des arbres fait des planches
Et qui vit dans le parfum
De la sciure, si blanche.

Voici les ânes charmants
Dont j’écoute le silence
Rythmé par le mouvement
De leur queue qui se balance.

Voici le village où sont
Tous mes souvenirs d’enfance ;
Où je m’endormais au son
D’un très vieux clocher de France.

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