Musset

(1810-1857)

Poésies nouvelles

(1850)

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À Lуdiе. Ιmitаtiоn.

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Ρаr un mаuvаis tеmps

À Μаdаmе Сnе Τ.

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Sоnnеt : Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...

À Μ. dе Régniеr, dе lа Соmédiе Frаnçаisе, аprès lа mоrt dе sа fillе

Сhаnsоn : Quаnd оn pеrd, pаr tristе оссurеnсе...

À Μаdаmе Ο., qui аvаit fаit dеs dеssins pоur lеs Νоuvеllеs dе l’аutеur

Lе Ridеаu dе mа Vоisinе

Sоuvеnir dеs Αlpеs

Αdiеuх à Suzоn

Sоnnеt аu Lесtеur

 

Musset

Poésies nouvelles, 1850


La Nuit d’août


 
 

LA MUSE


 
Depuis que le soleil, dans l’horizon immense,
A franchi le Cancer sur son axe enflammé,
Le bonheur m’a quittée, et j’attends en silence
L’heure où m’appellera mon ami bien-aimé.
Hélas ! Depuis longtemps sa demeure est déserte ;
Des beaux jours d’autrefois rien n’y semble vivant.
Seule, je viens encor, de mon voile couverte,
Poser mon front brûlant sur sa porte entrouverte,
Comme une voile en pleurs au tombeau d’un enfant.
 
 
 

LE POÈTE


 
      Salut à ma fidèle amie !
      Salut, ma gloire et mon amour !
      La meilleure et la plus chérie
      Est celle qu’on trouve au retour.
      L’opinion et l’avarice
      Viennent un temps de m’emporter.
      Salut, ma mère et ma nourrice !
      Salut, salut consolatrice !
      Ouvre tes bras, je viens chanter.
 
 
 

LA MUSE


 
Pourquoi, cœur altéré, cœur lassé d’espérance,
T’enfuis-tu si souvent pour revenir si tard ?
Que t’en vas-tu chercher, sinon quelque hasard ?
Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance ?
Que fais-tu loin de moi, quand j’attends jusqu’au jour ?
Tu suis un pâle éclair dans une nuit profonde.
Il ne te restera de tes plaisirs du monde
Qu’un impuissant mépris pour notre honnête amour.
Ton cabinet d’étude est vide quand j’arrive ;
Tandis qu’à ce balcon, inquiète et pensive,
Je regarde en rêvant les murs de ton jardin,
Tu te livres dans l’ombre à ton mauvais destin.
Quelque fière beauté te retient dans sa chaîne,
Et tu laisses mourir cette pauvre verveine
Dont les derniers rameaux, en des temps plus heureux,
Devaient être arrosés des larmes de tes yeux.
Cette triste verdure est mon vivant symbole ;
Ami, de ton oubli nous mourrons toutes deux,
Et son parfum léger, comme l’oiseau qui vole,
Avec mon souvenir s’enfuira dans les cieux.
 
 
 

LE POÈTE


 
      Quand j’ai passé par la prairie,
      J’ai vu, ce soir, dans le sentier,
      Une fleur tremblante et flétrie,
      Une pâle fleur d’églantier.
      Un bourgeon vert à côté d’elle
      Se balançait sur l’arbrisseau ;
      Je vis poindre une fleur nouvelle ;
      La plus jeune était la plus belle :
      L’homme est ainsi, toujours nouveau.
 
 
 

LA MUSE


 
Hélas ! toujours un homme, hélas ! toujours des larmes
Toujours les pieds poudreux et la sueur au front !
Toujours d’affreux combats et de sanglantes armes ;
Le cœur a beau mentir, la blessure est au fond.
Hélas ! par tous pays, toujours la même vie
Convoiter, regretter, prendre et tendre la main ;
Toujours mêmes acteurs et même comédie,
Et, quoi qu’ait inventé l’humaine hypocrisie,
Rien de vrai là-dessous que le squelette humain.
Hélas ! mon bien-aimé, vous n’êtes plus poète.
Rien ne réveille plus votre lyre muette ;
Vous vous noyez le cœur dans un rêve inconstant ;
Et vous ne savez pas que l’amour de la femme
Change et dissipe en pleurs les trésors de votre âme,
Et que Dieu compte plus les larmes que le sang.
 
 
 

LE POÈTE


 
      Quand j’ai traversé ta vallée,
      Un oiseau chantait sur son nid.
      Ses petits, sa chère couvée,
      Venaient de mourir dans la nuit.
      Cependant il chantait l’aurore ;
      Ô ma Muse, ne pleurez pas !
      À qui perd tout, Dieu reste encore,
      Dieu là-haut, l’espoir ici-bas.
 
 
 

LA MUSE


 
Et que trouveras-tu, le jour où la misère
Te ramènera seul au paternel foyer ?
Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière
De ce pauvre réduit que tu crois oublier,
De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure,
Chercher un peu de calme et d’hospitalité ?
Une voix sera là pour crier à toute heure
Qu’as-tu fait de ta vie et de ta liberté ?
Crois-tu donc qu’on oublie autant qu’on le souhaite ?
Crois-tu qu’en te cherchant tu te retrouveras ?
De ton cœur ou de toi lequel est le poète ?
C’est ton cœur, et ton cœur ne te répondra pas.
L’amour l’aura brisé ; les passions funestes
L’auront rendu de pierre au contact des méchants ;
Tu n’en sentiras plus que d’effroyables restes,
Qui remueront encor, comme ceux des serpents.
Ô ciel ! qui t’aidera ? que ferai-je moi-même,
Quand celui qui peut tout défendra que je t’aime,
Et quand mes ailes d’or, frémissant malgré moi,
M’emporteront à lui pour me sauver de toi ?
Pauvre enfant ! nos amours n’étaient pas menacées,
Quand dans les bois d’Auteuil, perdu dans tes pensées,
Sous les verts marronniers et les peupliers blancs,
Je t’agaçais le soir en détours nonchalants,
Ah ! j’étais jeune alors et nymphe, et les dryades
Entrouvraient pour me voir l’écorce des bouleaux,
Et les pleurs qui coulaient durant nos promenades
Tombaient, purs comme l’or, dans le cristal des eaux.
Qu’as-tu fait, mon amant, des jours de ta jeunesse ?
Qui m’a cueilli mon fruit sur mon arbre enchanté ?
Hélas ! ta joue en fleur plaisait à la déesse
Qui porte dans ses mains la force et la santé.
De tes yeux insensés les larmes l’ont pâlie ;
Ainsi que ta beauté, tu perdras ta vertu,
Et moi qui t’aimerai comme une unique amie,
Quand les dieux irrités m’ôteront ton génie,
Si je tombe des cieux, que me répondras-tu ?
 
 
 

LE POÈTE


 
Puisque l’oiseau des bois voltige et chante encore
Sur la branche où ses œufs sont brisés dans le nid ;
Puisque la fleur des champs entrouverte à l’aurore,
Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,
S’incline sans murmure et tombe avec la nuit ;
 
Puisqu’au fond des forêts, sous les toits de verdure,
On entend le bois mort craquer dans le sentier,
Et puisqu’en traversant l’immortelle nature,
L’homme n’a su trouver de science qui dure,
Que de marcher toujours et toujours oublier ;
 
Puisque, jusqu’aux rochers, tout se change en poussière ;
Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ;
Puisque c’est un engrais que le meurtre et la guerre ;
Puisque sur une tombe on voit sortir de terre
Le brin d’herbe sacré qui nous donne le pain ;
 
Ô Muse ! Que m’importe ou la mort ou la vie ?
J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ;
J’aime, et pour un baiser je donne mon génie ;
J’aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie
Ruisseler une source impossible à tarir.
 
J’aime, et je veux chanter la joie et la paresse,
Ma folle expérience et mes soucis d’un jour,
Et je veux raconter et répéter sans cesse
Qu’après avoir juré de vivre sans maîtresse,
J’ai fait serment de vivre et de mourir d’amour.
 
Dépouille devant tous l’orgueil qui te dévore,
Cœur gonflé d’amertume et qui t’es cru fermé.
Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore.
Après avoir souffert, il faut souffrir encore ;
Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.
 

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