Germain Nouveau

Valentines, 1887


Dauphin


 
Madame, on dit que les bons comptes
Font les bons amis. Soit, comptons...
Comme dans les comptes des contes,
Par bœufs, par veaux et par moutons ;
 
Pris un jour une cigarette
De vous, dois : quatre-vingt-dix bœufs ;
À ton bouquet, une fleurette,
Peut-être une, peut-être deux,
 
Dois : quatre-vingts bœufs ; pour l’essence
Que ta lampe brûlait la nuit,
Mille moutons que je recense
Près du berger que son chien suit.
 
Pris à ta cuisine adorable
Un bout de pain, un doigt de vin,
Dois : une vache vénérable
Avec sa crèche de sapin.
 
Mangé sept de tes souveraines
Et célestes pommes au lard,
Dois : le taureau, roi des arènes,
Le plus férocement couillard.
 
Pour ton savon d’un blanc d’ivoire,
Je conviens qu’en l’usant, j’eus tort,
Dois : tous les veaux du champ de foire
Qui prononcent ME le plus fort.
 
Marché, la nuit, dans ta chaussure
Dont j’aplatissais le contour,
Dois : le prince de la luxure,
Le bouc le plus propre à l’amour.
 
Pour l’eau bue à ta cruche pleine,
La nuit, sur ton lit sans rideau,
Dois : le bélier avec sa laine
Le plus vigoureux buveur d’eau.
 
Pour le retour de tes semelles
Sur les trottoirs de ton quartier,
Dois : la chèvre dont les mamelles
Allaiteraient le monde entier ;
 
Pour ta clef tournant dans ta porte
Dois, avec les champs reverdis,
Tout agneau que la brebis porte,
Sans compter ceux du paradis.
 
Constatez mon exactitude,
Voyez si j’ai fait quelque erreur,
Quand on n’a guère d’habitude,
On ne compte pas sans terreur.
 
Hélas ! oui, sans terreur, madame,
Car je n’ai ni bœufs, ni moutons,
De veaux que les vœux de mon âme,
Et ceux-là, nous les omettons.
 
Penserez-vous que je lésine,
Si je reste, j’en suis penaud,
Le maquereau de Valentine...
Quelle Valentine ?... Renault.
 
Quoi ! je serais de la famille !
Bon ! me voilà joli garçon !
Ça ne vient pas à ta cheville...
Et c’est un bien petit poisson.
 
Que ce maquereau qu’on te donne...
Mieux vaudrait... un coq sur l’ergot...
Tiens, mettons Dauphin, ma Mignonne,
C’est la même chose en argot.
 
Entre Montmartre et Montparnasse,
L’enfant de la place Maubert,
Pour ces beaux messieurs de la Nasse
Dit : Dos, on Dos fin, ou Dos vert.
 
Dauphin, c’est ainsi que l’on nomme
Le fils d’un roi... D’ailleurs, je sais
Assez distinguer un nom d’homme
Du nom d’un port... en bon français.
 
Pourtant... Dauphin ne sonne guère,
Maquereau, lui, qu’il sonne bien !
Il vous a comme un air de guerre,
Et fait-on la guerre avec rien ?
 
Il sonne bien, tu le confesses,
(Tant pis si vous vous étonnez)
Comme une claque sur vos fesses,
De la main de qui ? devinez.
 
De ton mari ?... Vous êtes fille.
De ton amant ? de ton amant !
Ah ! Vous êtes bien trop gentille
Pour chérir ce nom alarmant.
 
De ton homme ? Il n’est pas si bête.
Devinez, voyons, devinez...
Eh !... de la main de ton poète
Plus légère... qu’un pied de nez !
 
Oui, ça ne fait bondir personne ;
Dauphin, c’est mou, c’est ennuyeux,
Tandis que : Maquereau ! ça sonne !
Décidément, ça sonne mieux !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rimbаud : «Qu’еst-се pоur nоus, mоn сœur...»

Ρоnсhоn : Lе Gigоt

Τоulеt : «Étrаngеr, је sеns bоn...»

Riсhеpin : Сhаnsоn dеs сlосhеs dе bаptêmеs

Régniеr : Lа Lunе јаunе

Rаmuz : Lе Viеuх Jеаn-Lоuis

Βаudеlаirе : Саusеriе

Βruаnt : À Μоntpеrnаssе

Rimbаud : Βаrbаrе

Rоnsаrd

☆ ☆ ☆ ☆

Gоudеаu : Lа Rоndе du rеmоrds

Viоn Dаlibrау : «Quеl еmbаrrаs à сеttе pоrtе !...»

Βrissаrt : Lа Dаmе а un аmi

Μоntеsquiоu :

Αpоllinаirе : Αnniе

Ρrоust : «Αfin dе mе соuvrir dе fоurrurе еt dе mоirе...»

Rоstаnd : Ρаstоrаlе dеs сосhоns rоsеs

Lоuvigné du Dézеrt : «Guillоt, tiеn сеstе сhеsvrе à lа соrnе dоréе...»

Vеrlаinе : Αrt pоétiquе

Εlskаmp : Μаis соmmе еn imаgе à présеnt

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Соuplеts dе l’оisеlièrе (Çа fаit pеur аuх оisеаuх) (Gаlоppе d'Οnquаirе)

De Сосhоnfuсius sur «Αmоur vоmit sur mоi sа furеur еt sа rаgе...» (Jоdеllе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Jаdis sur Lа grоssе dаmе сhаntе... (Ρеllеrin)

De Сосhоnfuсius sur Lе Viеuх Ρоnt (Rоllinаt)

De Сосhоnfuсius sur Ρrinсе dеs јоiеs défеnduеs (Sеgаlеn)

De Jаdis sur «Βuvоns, аmis ; lе tеmps s’еnfuit...» (Hоudаr dе Lа Μоttе)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Сurаrе- sur Végétаl (Jаrrу)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

De Сurаrе- sur Sоlitudе (Μilоsz)

De Τh. dе Viаu sur Lеs trоis hуmnеs primitifs (Sеgаlеn)

De Сосhоnnе Furius sur Sоnnеt : «J’аi pеur dе lа fеmmе qui dоrt...» (Сrоs)

De Αrсhivistе sur Βаllаdе dе l’аrbrе d’аmоur (Сhаrtiеr)

De Duguinе sur Αmstеrdаm (Jаmmеs)

De Gаrdiеn dеs саnаrds sur Μа dаnsе (Сеndrаrs)

De Суоrаnе- sur «Ρаr l’аmplе mеr, lоin dеs pоrts еt аrènеs» (Sаint-Gеlаis)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе