Germain Nouveau

Valentines, 1887


Gâté


 
Comme une femme, hélas ! vous change !
Ainsi, moi... je fume toujours,
Je ris, je dors, je bois, et mange,
Mais tu m’as rendu bien étrange,
Et de tous les fils, le plus lourd.
 
Un fils qui foule au pied sa mère,
Ce que le dernier des troupiers
Au pas accéléré peut faire,
Qui s’oublie, ô folie amère,
Jusqu’à l’écraser sous ses pieds !
 
Eh ! oui, je foule aux pieds la Terre
Qu’à deux genoux a su baiser
Un Romain plein d’amour sévère,
Brutus, que j’appelle mon frère,
J’ai pu quelquefois l’écraser.
 
Écraser qui ? la Terre où l’homme ?
Les deux, n’en soyons pas surpris :
Le Temps est le grand agronome ;
Il peut aux poussières de Rome
Mêler les cendres de Paris.
 
Oui, la Terre en travail et soûle,
Notre Mère à tous, n’est-ce pas ?
Mère des fous et de la foule,
Et dont on mange, je la foule
Amoureusement sous mes pas.
 
Car cette Mère elle ne gronde
Jamais ses fils, et nous avons
Son sang qui circule à la ronde,
Le vin rose et la bière blonde
Dans les verres où nous buvons.
 
Quant à la vraie ou bien la fausse,
Nous dirons comme nous voudrons,
Elle est morte, elle est dans sa fosse,
Je n’en pleure ni ne m’en gausse
Dans la fosse où nous pourrirons.
 
C’était une enfant de Pourrières,
Village battu des grands vents,
Où toutes peuvent passer, fières,
De leurs magnifiques derrières
Aussi crânes que leurs devants.
 
Elle m’adorait pas des flottes !
C’est loin comme les fonds usés,
Les premiers fonds de mes culottes.
Elle m’a foutu deux... calottes
Elle qui comptait les baisers.
 
Et pourquoi ? Tenez, je m’essuie
Encore, en vous le racontant
(Je cesserai si ça t’ennuie),
C’est parce qu’un beau jour de pluie
J’étais revenu « tout coulant ».
 
Encor si c’était la férule !
Mais la main sur la joue, ah ! non !
Bon pour un homme, s’il recule.
L’autre au moins, c’est chaud, ça vous brûle
Pas bien loin du... petit couillon.
 
Elle s’appelait Augustine
Silvy, beau nom, grand et gaillard,
D’une source, on dirait, latine ;
Elle est morte de la poitrine
Malgré tous les secours de l’art.
 
Elle était charmante et divine,
Comme l’aveugle et le vieillard.
Je sais que sa jambe était fine,
Je trouve un jour ses bas, ma fine,
Je les mis... pour l’amour de l’art.
 
Elle me lisait quoi ? devine
Les vers du Petit Savoyard !
Autant mourir de la poitrine.
C’est dans ces vers que se dessine
Ma mère (oh ! c’est rempli d’art)
 
Qui dit, nom de Dieu de mâtine !
Va-t’en à son enfant qui part !
Autant mourir de la poitrine !
Ce qu’elle fit. J’usai sa mine
De bas noirs, pour l’amour de l’art.
 
Elle n’avait, ma Valentine,
Pas le quart de ton cœur... le quart !
Le cinquième, dans sa poitrine !
Si je mis ses bas, imagine
Que ce fut pour l’amour de l’art.
 
Tiens ! qu’entends-je ? mais, là, sans rire...
« Excusez-vous » ce n’est pas Toi,
N’est-il pas vrai, qui l’a pu dire ?
Serait-ce... son ton... plein d’empire ?
Eh ! bien : Madame... excusez-moi.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lа Villе dе Μirmоnt : «Ρаr un sоir dе brоuillаrd, еn un fаubоurg du nоrd...»

Lаfоrguе : Guitаrе : «Vоus qui vаlsеz се sоir...»

Jаmmеs : J’аimе l’ânе

Rоllinаt : L’Αngе pâlе

Vоltаirе : «Сi-gît qui tоuјоurs bаbillа...»

Lаmаrtinе : Ρеnséе dеs mоrts

Сrоs : Сrоquis

Αpоllinаirе : Grаtitudе

Αgоult : L’Αdiеu

Μауnаrd : «Νуmphеs, dе grâсе, аpprосhеz-vоus...»

☆ ☆ ☆ ☆

Rоllinаt : Lа Сhаnsоn dе l’аmаnt

Jаmmеs : ΑLΕXΑΝDRΕ DΕ RUСHΕΝFLΕUR (frаgmеnt)

Vеrlаinе : Соlоmbinе

Gérаrd : Lа Сhаumièrе

Rоllinаt : Sаgеssе du fоu

Vеrlаinе : «Lеs pаssаgеs Сhоisеul аuх оdеurs dе јаdis...»

Rоdеnbасh : Dégоût

Vоltаirе : «Hé quоi ! vоus êtеs étоnnéе...»

Vоiturе : «Ρоur vоus sеrvir...»

Du Βеllау : Villаnеllе : «Εn се mоis déliсiеuх...»

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Ρlаintе (Саrсо)

De Сосhоnfuсius sur Lе Μеrlе (Klingsоr)

De Jаdis sur Саügt (Jаmmеs)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt mаdrigаl (Сrоs)

De Εsprit dе сеllе sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Jаdis sur «L’еаu hоulеusе du pоrt еst sаns mirаgе аuсun...» (Rоdеnbасh)

De Сосhоnfuсius sur Lа Μоrt dе l’Αiglе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur «Jе nе sаis соmmеnt је durе...» (Ρizаn)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Ρhèdrе (Fоurеst)

De Gégé sur Sоir dе Μоntmаrtrе. (Τоulеt)

De Μаlvinа- sur «Quе tristе tоmbе un sоir dе nоvеmbrе...» (Νоuvеаu)

De Lеmiеuх Sеrgе sur «Vоtrе rirе еst éсlаtаnt...» (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Сurаrе- sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Сhristiаn sur Rêvеriе sur tа vеnuе (Αpоllinаirе)

De Diсkо rimеur sur «Jе rêvе dе vеrs dоuх еt d’intimеs rаmаgеs...» (Sаmаin)

De Νаguèrе sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Vinсеnt sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De Εsprit dе сеllе sur Сhаnsоn (Οmbrе du bоis) (Lоuÿs)

De Αlbеrtus sur Сhаnsоn : «Ô biеnhеurеuх qui pеut pаssеr sа viе...» (Dеspоrtеs)

De Vinсеnt sur «Αfin quе pоur јаmаis...» (Βаïf)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Τоi qui аs еt pоur mèrе еt pоur pèrе...» (Jоdеllе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе