Germain Nouveau

Valentines, 1887


Juif


 
Quelqu’un qui jamais ne se trompe,
M’appelle juif... Moi, juif ? Pourquoi ?
Je suis chrétien, sans que je rompe
Le pain bénit à son de trompe,
Bien qu’en mon trou... je reste coi.
 
Je sais juif, ah ! c’est bien possible !
Je n’ai le nez spirituel
Ni l’air résigné d’une cible ;
Je ne montre un cœur insensible.
Tout juif est-il en Israël ?
 
Mais si juif signifie avare
Économisant sur le suif,
Sur l’eau qui pourtant n’est pas rare
Sur une corde de guitare,
Je me fais honneur d’être juif.
 
Je prends pour moi seul cette injure,
Quoique je ne possède rien ;
Je me l’écris sur la figure
En trois mots, sans une rature ;
Voyez : je suis juif. Lisez bien.
 
Regardez-moi : ma barbe est sale
Comme en chaire un prédicateur
Qui vide une fosse nasale,
Et j’ai l’aspect froid d’une stalle,
Dans le temple où prêche un pasteur.
 
Moi, juif, je mens, je calomnie,
Comme un misérable chrétien,
Lorsqu’à tort il affirme ou nie,
Ou qu’il dispute, ô vilenie !
En parlant du mien et du tien ;
 
J’adore un veau d’or... dans ma bague,
Le veau qu’on débite en bijoux ;
Au seul mot d’argent, je divague,
Comme le catholique vague
Qui ne se passe de joujoux ;
 
Moi, fils de ceux qui portaient l’Arche,
Je ris, et je laisse périr,
Je perds la foi du patriarche,
Comme tout un peuple qui marche
Vers l’ombre où le corps doit pourrir.
 
Moi, juif, je doute de mon âme,
Moi, juif, je doute de l’Amour,
Je ne suis sûr que de ma femme,
(N’est-ce pas étrange, Madame ?)
Comme bien des... maris du jour.
 
Car elle se fout de la vogue
Qu’a tout argument inventé
Par notre science un peu rogne ;
Elle aime mieux la synagogue
Si fraîche, dès l’aube, en été.
 
Elle est blanche, elle a sur les tempes
Une perruque où rit sa fleur ;
Faite à souhait pour les estampes ;
Quand elle adore sous les lampes
Dans ses voiles d’une couleur ;
 
Elle se consume en prières,
Conservant, sans en rien verser,
L’eau de ses croyances entières,
Car... une douzaine de pierres
Ça suffit pour recommencer.
 
Jérusalem les garde encore,
Salomon les reçut du Ciel
Qu’avec des larmes elle implore ;
Comme une juive que j’adore,
L’épouse de Nathaniel.
 
Ce qu’on admire fort sur elle,
C’est l’honneur de faire de l’art
Par une pente naturelle,
Pas pour vendre son aquarelle,
Ni pour manger un peu de lard.
 
J’ai pu contempler sa peinture,
Dans une salle au Luxembourg :
C’est très bien peint d’après nature ;
C’est avec l’eau, sous la toiture,
Ça me semble, un coin de faubourg.
 
Sur la cimaise elle est sous verre,
Je puis donc y mettre un baiser
Loin des yeux du gardien sévère ;
Bref, l’art charmant qu’elle sait faire,
C’est, comme il sied, pour s’amuser.
 
Cela ne fait l’ombre d’un doute
Pour tous, dans la société ;
Oui, ma belle Mignonne, écoute,
Elle pourrait épater toute
La pâle catholicité.
 
Tiens ! En veux-tu rien qu’un exemple ?
Que le sultan soit décavé,
Et trouve sa poche bien ample :
« Vends-les-nous, ces pierres du Temple »,
Et Notre-Seigneur a rêvé !
 
Je suis juif ! ah ! ce nom m’inonde
De sa plus sainte émotion !
Souffre que pour eux je réponde :
La plus noble race du monde,
Ce sont les juifs de nation.
 
Eux, au moins, ont du caractère ;
Ils sont, oui, par les traits de feu
Du Décalogue salutaire,
Le plus grand peuple de la Terre !
N’est-ce pas vrai, ça, nom de Dieu !
 
Sotte habitude, oui, sur mon âme,
Bonne au plus pour les ateliers ;
Excusez moi, si je m’en blâme.
Et si vous m’entendez, Madame,
Que je me prosterne à vos pieds.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rоdеnbасh : «Lеs суgnеs blаnсs, dаns lеs саnаuх dеs villеs mоrtеs...»

Sсаliоn dе Virblunеаu : «Étаnt аu lit соuсhé, аu liеu dе rеpоsеr...»

Klingsоr : L’Ιnutilе Сhаnsоn

Viаu : «L’аutrе јоur inspiré d’unе divinе flаmmе...»

Viаu : «Αu mоins аi-је sоngé quе је vоus аi bаiséе...»

Lаmаrtinе : Αuх Сhrétiеns dаns lеs tеmps d’éprеuvе

Sсudérу : Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе

Sсudérу : Sur un Sоngе

Hugо : Сlаirе

Сrоs : Ρlаintе

☆ ☆ ☆ ☆

Viаu : «L’аutrе јоur inspiré d’unе divinе flаmmе...»

Αpоllinаirе : Dаmе à lа sеrvаntе

Αubigné : Εхtаsе

Drеlinсоurt : Sur lеs Ρiеrrеs préсiеusеs

Vоiturе : «D’un buvеur d’еаu, соmmе аvеz débаttu...»

Sаrrаsin : «Lа bеаuté quе је sеrs...»

Hugо : Сlаirе Ρ.

Rоdеnbасh : «Dоuсеur du sоir ! Dоuсеur dе lа сhаmbrе sаns lаmpе !...»

Αpоllinаirе : Сœur соurоnnе еt mirоir

Βаudеlаirе : Ρеrtе d’аuréоlе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Εхtаsе (Αubigné)

De Сhristiаn sur Guitаrе : «Gаstibеlzа, l’hоmmе à lа саrаbinе...» (Hugо)

De Сосhоnfuсius sur Ρsеudо-sоnnеt plus spéсiаlеmеnt truсulеnt еt аllégоriquе (Fоurеst)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimаis аutrеfоis lа fоrmе pаïеnnе...» (Gаutiеr)

De Сrуstасé sur «Αuprès dе се bеаu tеint, lе lуs еn nоir sе сhаngе...» (Αubigné)

De piсh24 sur Ρhilis dаnsе lа Sаrаbаndе (Sсudérу)

De Rоlаnd Βасri sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Ρ10H24- sur Εllе еt lui (Αutrаn)

De Jеhаn Fоntаinе sur Lе Glаnd еt lе Сhаmpignоn (Lасhаmbеаudiе)

De Сurаrе- sur «Quаnd је vоudrаi sоnnеr dе mоn grаnd Αvаnsоn...» (Du Βеllау)

De Αrаmis sur «Quаnd mоn fil sе саssеrа sоus...» (Ρеllеrin)

De Αmаris- sur Sуmbоlе (Gilkin)

De Εsprit dе сеllе sur Sоnnеt mélаnсоliquе (Αdеlswärd-Fеrsеn)

De Сurаrе- sur Αprès lа bаtаillе (Hugо)

De Αrаmis sur Dimаnсhе sоir (Rаmuz)

De Μilоu dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Filоu dе Βlаnсhеmоrt sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Quеuflу sur «Vоus Flеuvеs еt Ruissеаuх, еt vоus, сlаirеs Fоntаinеs...» (Сhаndiеu)

De Αrаmis sur Βаllаdе dеs grоs dindоns (Rоstаnd)

De Lе Gаrdiеn sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

De Εsprit dе сеllе sur Républiquе Αrgеntinе — Lа Ρlаtа (Lеvеу)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе