Germain Nouveau

Valentines, 1887


Le Mendiant


 
L’être que j’adore en ce monde,
Eût-il les pieds noirs et des poux,
C’est le mendiant, il m’inonde
Le cœur d’une extase profonde ;
Je lui baiserais les genoux.
 
D’abord il convient de vous dire
Que si je ne l’adorais pas,
Ça ferait peut-être sourire ;
On penserait : Hé ! le bon sire !
Il a le « trac » pour ses ducats.
 
Il a peur de faire l’aumône,
Ou qu’on le vole, il a raison
Dans la vie, ah ! tout n’est pas jaune,
Et mon ami le plus béjaune
Ne viendrait pas à la maison.
 
Ou, s’il venait, il voudrait faire,
Tout comme moi, les mêmes frais,
Nous compterions, quelle misère !
Et s’il me cassait, quoi ? son verre ?
Ah ! la tête que je ferais !
 
Je parlerais de ma famille
Tant, que c’en serait Han-Mer-Dent :
« J’ai ma femme, mon fils, ma fille ;
Oui, la petite est très gentille,
Mais ça coûte. — C’est évident ! »
 
Le mendiant, qu’est-ce qu’il coûte ?
Titus disait : un heureux jour.
Quand nous verrons plus d’une goutte,
Chacun trouvera sur sa route
Qu’avec cet homme, on fait l’amour.
 
Je l’aime, comme une parente,
Pauvre... mais ça... c’est un détail...,
D’une façon bien différente.
Si j’avais mille francs de rente.
Je lui donnerais... du travail.
 
Je lui dirais : Tu vas me faire
Un bonhomme sur ce papier.
— « Monsieur, je ne dessine guère, »
Alors... de me foutre en colère,
Trouves-tu cela trop... pompier ?
 
Il dessinerait son bonhomme
Bien ou mal, naturellement.
Je dirais : Combien ? — « Telle somme. »
Et je paierais ; c’est presque, en somme,
Ce que fait le Gouvernement.
 
Le mendiant, mais c’est mon frère !
Comment, mon frère ? Mais, c’est moi.
Je commence par me la faire,
La charité, la chose est claire.
Tu te la fais aussi, va, Toi.
 
Moi, souvent « je me le demande »
Et demande, quand ça me plaît.
Et bien ! pour ma langue gourmande,
Plus que la vôtre n’est normande,
Si saint Pierre ouvrait son volet
 
Seulement pour une seconde :
Si je suis là, si je le vois,
Bien que je doute qu’il réponde,
Je lui demande la plus ronde
Des lunes qui rient dans les bois.
 
Et si, — surprise ! et joie extrême ! —
J’entends : « Tiens ! enfant, la voici ! »
Comme avec tes baisers que j’aime,
Je me barbouille tout de crème,
Sans seulement dire : merci.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Riсhеpin : Ρаs frilеuх

Vеrlаinе : Lоndrеs

Glаtignу : Lеs Αntrеs mаlsаins

Lа Villе dе Μirmоnt : «Ρаr un sоir dе brоuillаrd, еn un fаubоurg du nоrd...»

Lаfоrguе : Guitаrе : «Vоus qui vаlsеz се sоir...»

Jаmmеs : J’аimе l’ânе

Rоllinаt : L’Αngе pâlе

Vоltаirе : «Сi-gît qui tоuјоurs bаbillа...»

Lаmаrtinе : Ρеnséе dеs mоrts

☆ ☆ ☆ ☆

Riсhеpin : Ρаs frilеuх

Rоnsаrd : «Τе rеgаrdаnt аssisе аuprès dе tа соusinе...»

Rоllinаt : Lа Сhаnsоn dе l’аmаnt

Jаmmеs : ΑLΕXΑΝDRΕ DΕ RUСHΕΝFLΕUR (frаgmеnt)

Vеrlаinе : Соlоmbinе

Gérаrd : Lа Сhаumièrе

Rоllinаt : Sаgеssе du fоu

Vеrlаinе : «Lеs pаssаgеs Сhоisеul аuх оdеurs dе јаdis...»

Rоdеnbасh : Dégоût

Vоltаirе : «Hé quоi ! vоus êtеs étоnnéе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Hеrеdiа

De Εхасt pоdе sur Lа Rоsе (Αсkеrmаnn)

De Jаdis sur Huit сhаnsоns rеvеrdiеs dоnt quаtrе plеurеnt еt quаtrе riеnt (Εlskаmp)

De Сосhоnfuсius sur «Сеuх qui dеs Rоis, pаr fаits сhеvаlеurеuх...» (Τаhurеаu)

De Jаdis sur Соrrеspоndаnсеs (Βаudеlаirе)

De Jаdis sur Ρlаintе (Саrсо)

De Сосhоnfuсius sur Lе Μеrlе (Klingsоr)

De Εsprit dе сеllе sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Сurаrе- sur «Jе nе sаis соmmеnt је durе...» (Ρizаn)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Ρhèdrе (Fоurеst)

De Gégé sur Sоir dе Μоntmаrtrе. (Τоulеt)

De Μаlvinа- sur «Quе tristе tоmbе un sоir dе nоvеmbrе...» (Νоuvеаu)

De Lеmiеuх Sеrgе sur «Vоtrе rirе еst éсlаtаnt...» (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Сurаrе- sur «Μоn âmе а sоn sесrеt, mа viе а sоn mуstèrе...» (Αrvеrs)

De Сhristiаn sur Rêvеriе sur tа vеnuе (Αpоllinаirе)

De Diсkо rimеur sur «Jе rêvе dе vеrs dоuх еt d’intimеs rаmаgеs...» (Sаmаin)

De Νаguèrе sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

De Vinсеnt sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De Εsprit dе сеllе sur Сhаnsоn (Οmbrе du bоis) (Lоuÿs)

De Vinсеnt sur «Αfin quе pоur јаmаis...» (Βаïf)

De Εsprit dе сеllе sur «Ô Τоi qui аs еt pоur mèrе еt pоur pèrе...» (Jоdеllе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе