Rodenbach

(1855-1898)

Le Miroir du ciel natal

(1898)

Les Lampes +
Les Femmes en mante +
Les Réverbères +
Les Jets d’eau +
Les Premières Communiantes ×
Les Cygnes +
Les Cloches +
Les Hosties +
Épilogue +
 

Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              V


Extase d’un dimanche d’avril à Malines
Avec des Communiantes dans des berlines !
 
Profils de camélia blanc
Sur les vitres des portières armoriées,
On les prendrait pour de petites mariées
Qui vont faire semblant
D’aimer et d’épouser Jésus
En disant des prières un peu décousues...

Extase d’un dimanche d’avril à Malines.
 
Matin de fête ! Joie et feuilles nouveau-nées !
Comme l’hiver est loin et tous ses maux !
L’eau des sombres canaux
Est tout enluminée ;
Et les cloches battent de l’aile autour des tours
À voir tant de petites vierges
En blancs atours,
Blanches comme leur cierge.
 
Blanc unanime ! Blancs neigés !
Les cloches ont l’air de ciboires
Où chantent des hosties ;
Les jardins sont blancs comme des vergers.
 
Extase d’un dimanche d’avril à Malines...

L’azur se déploie ; un oiseau pépie ;
Les canaux étaient las, hélas !
Tous les reflets mouraient dans leur eau noire ;
Ils avaient porté tant de siècles
Et réfléchi tant de couvents,
Leurs pignons lourds, leurs lourdes règles ;
Ils étaient las, si las !
Les voici maintenant comme pleins d’enfants...
Ce sont les nuages de ce dimanche
Qui s’y promènent en falbalas
De robes blanches.
 
Extase d’un dimanche d’avril à Malines,
Où passeraient dans l’air ému des mousselines.
 
Tout l’essaim virginal neigea
Aux églises dont la vieillesse rajeunit ;
Colombes du Saint-Esprit dans ces vieux nids ;
Or la grand messe a commencé déjà :
Nappes d’autel, calme printemps de givre,
Dentelle, qu’on dirait faite en fils de la Vierge,
Dont les bouquets jamais ne se délivrent...
Et vous les si frêles cires pascales
Que tantôt les Communiantes vont tenir,
Comme si c’était leur vie inégale
Qui, dans leurs mains, flamme falote,
Hésite, se redresse, vivote
À tous les vents de l’Avenir !
 
Extase d’un dimanche d’avril à Malines
Quand, à l’Agnus Dei, la clochette bruine ;
 
Blancs propagés ! Blancs unanimes !
Les tulles sont d’accord avec les hymnes !
C’est donc enfin le moment du Graal ;
C’est le moment enfantinement nuptial :
Marches rythmiques ! Pantomime !
Processionnellement, et presque sans oser ;
Elles ont un air de victimes
À marcher vers le Banc, les doigts juxtaposés,
Et se pâment au pain azyme,
Écarquillant leur bouche comme à un baiser...

Extase d’un dimanche d’avril à Malines.
 
Journée unique, silence attiédi,
Où les cloches, dans l’air, comme blanches, cheminent ;
Et la si calme fin de cet après-midi
Et le si calme soir
Où les cygnes des canaux noirs,
Les nuages en draperies,
Les floraisons, les sonneries,
Les Premières Communiantes
— Pâles encor, le soir, d’être sorties à jeun —
Se confondent dans les ombres unifiantes
Et ne font qu’un.
 
Extase d’un dimanche d’avril à Malines
Où on s’endormirait dans ces blancs unanimes !
 

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