Rodenbach

(1855-1898)

Le Miroir du ciel natal

(1898)

Les Lampes ×
Les Femmes en mante +
Les Réverbères +
Les Jets d’eau +
Les Premières Communiantes +
Les Cygnes +
Les Cloches +
Les Hosties +
Épilogue +
 

Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              VI


Heureux ceux qui n’ont aimé que les lampes !
Les bûches flambent...
Et les lampes ont rassuré le soir frileux ;
Ô les demeures enfin sûres
Et si calmes — comme des cures ! —
Que la fumée, au ciel, relie en chemins bleus.
 
C’est alors la vie en joie et nuance
À s’écouter, comme s’écoute
Une vieille horloge où le Temps
S’écoule goutte à goutte
Dans le silence.
Heureux reclus !
Quelle vie est meilleure ?
Ils écoutent aussi les lointains angélus
Et des gouttes du son et des gouttes de l’heure
Ils se sont fait des chapelets intermittents.
 
Heureux ceux qui n’ont aimé que les lampes !
 
Ils ont vu clair en eux ;
Ils sont tout lumineux ;
Leur conscience est un écrin
Plein de joyaux qu’enfin la solitude enflamme ;
Ah ! comme ils dorment, leurs vieux chagrins !
Et cet orgueil de n’être plus qu’humain à peine !
Trésor intérieur !
Richesse de son cœur !
Parure de soi-même !

Heureux ceux-là dans leur demeure !
Vie heureuse qu’ils ont choisie !
Destinée extatique ! Allez-y
Les voir gravir en paix l’escalier blanc des Heures.
 
Et ils s’appuient aux lampes
Comme à une rampe...
 
Ô les lampes toujours fidèles !
Ô les lampes, quand le soir tombe !
Guérison de l’ombre ;
Joie des veilles et des vigiles ;
Espoir en elles
Lorsque dans la maison qui dort
Elles égrènent la bonne huile en larmes d’or
Pour les cœurs qui sont doux comme les Évangiles.
 

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