Verhaeren

Les Campagnes hallucinées, 1893


Chanson de fou


 
Celui qui n’a rien dit
Est mort, le cœur muet,
Lorsque la nuit
Sonnait
Ses douze coups
Au cœur des minuits fous.
 
— Serrez-le vite en un linceul de paille,
Les poings noués, et qu’il s’en aille.
 
Celui qui n’a rien dit
M’a pris mon âme et mon esprit.
Il a sculpté mon crâne
En navet creux, dont les chandelles
Font scintiller mes deux prunelles.
 
— Nouez-le donc, nouez le mort,
Rageusement, en son linceul de paille.
 
Celui qui n’a rien dit
Dormait, sous le rameau bénit,
Avec sa femme, en un grand lit,
Quand j’ai frappé comme une bête
Avec une pierre, contre sa tête.
 
Derrière le mur de son front
Battait mon cerveau noir,
Matin et soir, je l’entendais
Et le voyais qui m’invoquait
D’un rythme lourd comme un hoquet ;
Il se plaignait de tant souffrir
Et d’être là, hors de moi-même, et d’y pourrir
Comme les loques d’une viande
Pendue au clou, au fond d’un trou.
 
Celui qui n’a rien dit, même des yeux,
Qu’on lui coupe le cœur en deux,
Et qu’il s’en aille
En son linceul de paille.
 
Que sa femme qui le réclame
Et hurle après son âme,
Ainsi qu’une chienne, la nuit,
Se taise ou bien s’en aille aussi
Comme servante ou bien vassale.
Moi je veux être
Le maître
D’une cervelle colossale.
 
— Nouez le mort en de la paille
Comme un paquet de ronces ;
Et qu’on piétine et qu’on travaille
La terre où il s’enfonce.
 
Je suis le fou des longues plaines,
Infiniment, que bat le vent
À grands coups d’ailes,
Comme les peines éternelles ;
Le fou qui veut rester debout,
Avec sa tête jusqu’au bout
Des temps futurs, où Jésus-Christ
Viendra juger l’âme et l’esprit,
Comme il est dit.
Ainsi soit-il.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 10 mai 2014 à 11h33

Complainte d’un épouvantail
------------------------------------

Jamais rien ne m’a dit
L’épouvantail muet ;
Nul n’écrivit sur lui
Sonnet
Ou ballade ou
Chanson de fou.

-- Tu ne vas nulle part, homme au ventre de paille !
-- Où voudrais-tu que j’aille ?

Jamais rien il ne dit ;
Bien faible est son esprit.
Un potiron pour crâne,
Un nez fait de chandelle,
Des boutons pour prunelles ;
Pour mitre, un bonnet d’âne.

-- Tu es bien impassible, homme au ventre de paille !
-- Mortes sont mes entrailles.

L’épouvantail des longues plaines
Avec sa drôle de dégaine
Et ses cheveux mouvants
En hiver, se nourrit de vent,
Au printemps, d’un bruit d’ailes.
Gardien de la plaine éternelle,
Même s’il dort, il est debout ;
Quand du temps nous serons au bout,
Quand descendra des cieux le fils du charpentier,
Savons-nous s’il aura de ce pantin pitié,
Que des hommes peu sages
Ont fait à son image ?

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Robinson le 10 mai 2014 à 12h29

    Moi-z-aussi j’écrivis
    sur les épouvantails
    vieux écrits que depuis
    je pinaille et retaille : :)


Le bonhomme de neige et l’épouvantail
conversent à travers
l’espace déchiré de cris d’enfants

- Viens avec nous dit le bonhomme de neige
Habille-toi de blanc
que te viennent les enfants
Ne reste pas si seul
à gémir dans le vent

- J’attends le printemps dit l’épouvantail
où je veillerai sur les légumes
en faisant peur aux oiseaux
où je veillerai sur les poireaux

- Viens avec nous dit le bonhomme de neige
Habille-toi de blanc
C’est la fête et pas souvent
que l’hiver nous donne des jeux amusants
que l’hiver nous donne des chants

- J’attends le printemps...
Il m’a promis de venir bientôt
donner de la graine aux poireaux
si je dispersais les moineaux

- Viens avec nous...
Profite-s-en
tant qu’il est temps...

Mais soudain ils s’arrêtent
de discutailler dans le vent
Un pylône électrique passe
énorme et menaçant
sérieux et grimaçant
Et le bonhomme de neige
et l’épouvantail de paille
le zyeutent de zyeux inquiets
comme il déroule ses fil de vent

Dans l’espace glacé blessent des cris d’enfants

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 10 mai 2014 à 15h19

La Fontaine voit un épouvantail
____________________

Le bonhomme de neige a vu l’épouvantail
Qui se morfondait, seul, au fond d’un pâturage.
Il lui dit : Partons donc, tous les deux, en voyage,
L’hiver n’est pas pour toi la saison du travail.

Mais, comme aucun des deux ne portait de chandail,
Ils ont fait un grand feu, pour avoir du chauffage.
L’un brûle, l’autre fond, ne laissant, quel dommage,
Que de petits morceaux de leur bel attirail.

[Lien vers ce commentaire]

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