Francis Jammes

(1868-1938)

Le Deuil des primevères

(1901)

Élégies

Élégiе prеmièrе : Μоn сhеr Sаmаin...

Élégiе sесоndе : Lеs flеurs vоnt dе nоuvеаu luirе...

Élégiе trоisièmе : Се pауs а lа frаîсhеur...

Élégiе quаtrièmе : Quаnd tu m’аs dеmаndé...

Élégiе сinquièmе : Lеs аnémоnеs d’Οсtоbrе...

Élégiе siхièmе : Lе pауsаgе étаit humblе...

Élégiе sеptièmе : Dis-mоi, dis-mоi, guérirаi-је...

Élégiе huitièmе : Τоi qui nе m’аs pаs fаit mаl еnсоrе...

Élégiе nеuvièmе : Sur lе sаblе dеs аlléеs...

Élégiе diхièmе : Quаnd mоn сœur sеrа mоrt d’аimеr...

Élégiе оnzièmе : Οù еs-tu ?...

Élégiе dоuzièmе : Ô grаnd vеnt...

Élégiе trеizièmе : Lоrsquе l’оn јоuеrа dе l’оrguе...

Élégiе quаtоrzièmе : Μоn аmоur, disаis-tu...

Élégiе quinzièmе : J’аi rеtrоuvé, dаns сеttе flоrе...

Élégiе sеizièmе : Lеs rоsеs du сhâtеаu dе X...

Élégiе diх-sеptièmе : Ιl а plu. Lа tеrrе frаîсhе...

La Jeune Fille nue

Lа Jеunе Fillе nuе

Le Poète et l’Oiseau

Lе Ρоètе еt l’Οisеаu

Poésies diverses

Μаdаmе dе Wаrеns

Guаdаlupе dе Αlсаrаz

J’аi vu rеvеnir lеs сhоsеs...

Ιls m’оnt dit...

Αmstеrdаm

Βrugеs

Quatorze prières

Ρrièrе pоur quе lеs аutrеs аiеnt lе bоnhеur

Ρrièrе pоur dеmаndеr unе étоilе

Ρrièrе pоur qu’un еnfаnt nе mеurе pаs

Ρrièrе pоur аvоir lа fоi dаns lа fоrêt

Ρrièrе pоur êtrе simplе

Ρrièrе pоur аimеr lа dоulеur

Ρrièrе pоur quе lе јоur dе mа mоrt sоit bеаu еt pur

Ρrièrе pоur аllеr аu pаrаdis аvес lеs ânеs

Ρrièrе pоur lоuеr Diеu

Ρrièrе pоur sе rесuеillir

Ρrièrе pоur аvоir unе fеmmе simplе

Ρrièrе pоur оffrir à Diеu dе simplеs pаrоlеs

Ρrièrе pоur аvоuеr sоn ignоrаnсе

Ρrièrе pоur un dеrniеr désir

 

Francis Jammes

Le Deuil des primevères, 1901


Élégie première


              À Albert Samain.


Mon cher Samain, c’est à toi que j’écris encore.
C’est la première fois que j’envoie à la mort
ces lignes que t’apportera, demain, au Ciel,
quelque vieux serviteur d’un hameau éternel.
Souris-moi pour que je ne pleure pas. Dis-moi :
« Je ne suis pas si malade que tu le crois. »
Ouvre ma porte encore, ami. Passe mon seuil
et dis-moi en entrant : « Pourquoi es-tu en deuil ? »
Viens encore. C’est Orthez où tu es. Bonheur est là.
Pose donc ton chapeau sur la chaise qui est là.
Tu as soif ? Voici de l’eau de puits bleue et du vin.
Ma mère va descendre et te dire : « Samain... »
et ma chienne appuyer son museau sur ta main.
 
Je parle. Tu souris d’un sérieux sourire.
Le temps n’existe pas. Et tu me laisses dire.
Le soir vient. Nous marchons dans la lumière jaune
qui fait les fins du jour ressembler à l’Automne.
Et nous longeons le gave. Une colombe rauque
gémit tout doucement dans un peuplier glauque.
Je bavarde. Tu souris encore. Bonheur se tait.
Voici que nous rentrons sur les pauvres pavés,
voici la route obscure au déclin de l’Été,
voici l’ombre à genoux près des belles-de-nuit
qui ornent les seuils noirs où la fumée bleuit.
 
Ta mort ne change rien. L’ombre que tu aimais,
où tu vivais, où tu souffrais, où tu chantais,
c’est nous qui la quittons et c’est toi qui la gardes.
Ta lumière naquit de cette obscurité
qui nous pousse à genoux par ces beaux soirs d’Été
où, flairant Dieu qui passe et fait vivre les blés,
sous les liserons noirs aboient les chiens de garde.
 
Je ne regrette pas ta mort. D’autres mettront
le laurier qui convient aux rides de ton front.
Moi, j’aurais peur de te blesser, te connaissant.
Il ne faut pas cacher aux enfants de seize ans
qui suivront ton cercueil en pleurant sur ta lyre
la gloire de ceux-là qui meurent le front libre.
 
Je ne regrette pas ta mort. Ta vie est là.
Comme la voix du vent qui berce les lilas
ne meurt point, mais revient après bien des années
dans les mêmes lilas qu’on avait cru fanés,
tes chants, mon cher Samain, reviendront pour bercer
les enfants que déjà mûrissent nos pensées.
 
Sur ta tombe, pareil à quelque pâtre antique
dont pleure le troupeau sur la pauvre colline,
je chercherais en vain ce que je peux porter.
Le sel serait mangé par l’agneau des ravines
et le vin serait bu par ceux qui t’ont pillé.
 
Je songe à toi. Le jour baisse comme ce jour
où je te vis dans mon vieux salon de campagne.
Je songe à toi. Je songe aux montagnes natales.
Je songe à ce Versailles où tu me promenas,
où nous disions des vers, tristes et pas à pas.
Je songe à ton ami et je songe à ta mère.
Je songe à ces moutons qui, au bord du lac bleu,
en attendant la mort bêlaient sur leurs clarines.
Je songe à toi. Je songe au vide pur des cieux.
Je songe à l’eau sans fin, à la clarté des feux.
Je songe à la rosée qui brille sur les vignes.
Je songe à toi. Je songe à moi. Je songe à Dieu.
 

Commentaire(s)
Déposé par Jean Donati le 21 février 2014 à 17h27

Beau poème sur l’ Amitié entre Albert SAMAIN et Françis JAMMES

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