Alfred Garneau


Devant la grille du cimetière


 
La tristesse des lieux sourit, l’heure est exquise.
Le couchant s’est chargé des dernières couleurs,
Et devant les tombeaux, que l’ombre idéalise,
Un grand souffle mourant soulève encor les fleurs.
 
Salut, vallon sacré, notre terre promise !...
Les chemins sous les ifs, que peuplent les pâleurs
Des marbres, sont muets ; dans le fond, une église
Monte son dôme sombre au milieu des rougeurs.
 
La lumière au-dessus plane longtemps vermeille...
Sa bêche sur l’épaule, entre les arbres noirs,
Le fossoyeur repasse, il voit la croix qui veille,
 
Et de loin, comme il fait sans doute tous les soirs,
Cet homme la salue avec un geste immense...
Un chant très doux d’oiseau vole dans le silence.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 mai 2015 à 16h17

Dernier jardin
------------------

Vous respirez la paix, tombeaux de pierre grise ;
Depuis déjà longtemps, j’aime cette couleur.
J’aime aussi la chanson des arbres dans la brise
Et l’ombre des chemins où surgissent des fleurs.

Les morts n’entendent plus ce que les oiseaux disent,
Ou pensif rossignol, ou moineau querelleur ;
Ils n’entendent pas plus le prêtre en son église,
Cet espace et ce temps, ce ne sont plus les leurs.

Le vivant se console en la boisson vermeille,
Contemplant au jardin la course des abeilles
Qui semble, à ce moment, figure de l’espoir.

Le cimetière, un point dans l’univers immense,
Groupe vivants et morts dans un même silence
Sous le ciel printanier, qui bientôt sera noir.

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