Jean Ajalbert

Sur le vif, 1886


Petites ouvrières


 
Midi : voici sonner l’heure des ouvrières :
Le soleil cuit l’asphalte mou sur les trottoirs :
C’est l’heure où, sur l’étain vulgaire des comptoirs,
Luisent les verres pleins d’absinthes meurtrières.
 
Midi : « Plumes et Fleurs » et « Robes et Manteaux »
C’est un long défilé de filles maigrelettes,
Sortant des ateliers pour faire leurs emplettes :
De la charcuterie et de banals gâteaux.
 
D’autres, par deux ou trois, vont dans les crémeries :
Et, toutes, se penchant pour lire le menu,
Choisissent, avec un frais sourire ingénu,
Dans la liste des mets, les plats à sucreries.
 
Ce mince déjeuner ne leur coûte pas cher :
Quinze ou vingt sous ; et puis, deux sous de violettes
Et les mignonnes au travail rentrent seulettes,
Les fleurs se parfumant du parfum de leur chair.
 
Le rouge de leur joue est de mauvais augure ;
Un mal futur se lit dans leur regard trop clair ;
Leur rire sonne faux et tristement, dans l’air,
Malgré que leur jeunesse anime leur figure.
 
Dans le Paris désert des jours lourds de l’été,
Moins pâles, cependant, sous la caresse amie
Du soleil embrasé, chauffant leur anémie,
Elles jettent partout un peu de leur gaîté.
 
Couturières, les dés protègent leurs doigts probes.
Leur paire de ciseaux pend au bout d’un lacet,
Et, comme pour monter à l’assaut du corset,
Un bout de fil serpente aux traînes de leurs robes.
 
Elles causent du plus récent assassinat,
De suicides par amour, de mariages,
Cependant que leurs yeux lorgnent, aux étalages,
Les bijoux défendus, sur les coussins grenat.
 
Des vieillards, allumés par leur démarche lente,
Leur murmurent des mots ignobles, en passant ;
Elles prennent, alors, un grand air innocent,
Et rougissent, avec une candeur troublante...
 
De nouveau, la rue est paisible. Le soleil
Caniculaire luit sur le zinc des toitures,
Tandis que dans le sourd ronflement des voitures,
Bourgeoisement, la rue a repris son sommeil...
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Hugо : «Jеunеs gеns, prеnеz gаrdе аuх сhоsеs quе vоus ditеs...»

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

☆ ☆ ☆ ☆

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

Cоmmеntaires récеnts

De Jоrsin sur Lеs Αmis trоp d’ассоrd (Hоudаr dе Lа Μоttе)

De Сhristiаn sur Соntrе Ligurinus : «Τоut lе mоndе tе fuit...» (Dubоs)

De Jаdis sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Βас mаrсеl sur Lеs Gеnêts (Fаbié)

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz