François-Paul Alibert

(1873-1953)

 

 

François-Paul Alibert

Églogues, 1923


Chanson triste


 
Je songe, par ce soir languissant de septembre,
À cette après-midi que tu vins dans ma chambre,
Me dire à demi-voix des airs de ton pays.
Déjà l’on finissait de couper les maïs.
Aux maisons, sur les murs, le long des galeries,
On voyait, comme autant de guirlandes fleuries,
Gonflés de tous leurs grains mûris et resserrés,
Pendre des chapelets de régimes dorés.
La saison était douce, et la lumière, égale ;
Et j’écoutais chanter sur ta bouche amicale
Ton langage pour moi plein de naïfs secrets.
Je ne comprenais pas tout ce que tu disais,
Sinon qu’il y pleurait un cœur qui se replie
Sous un poids de souffrance et de mélancolie,
Un jeune amour surpris par le coup du trépas,
Dont la douleur pourtant se désolait si bas
Qu’à peine j’entendais me parvenir sa plainte.
Bientôt ta voix n’était qu’une rumeur éteinte,
Sourde comme la nuit qui tombait entre nous.
Ton front appesanti penchait vers tes genoux,
Et je ne voyais plus tes yeux ni ton visage.
Par la vitre épaissie et fumeuse, un feuillage
Indistinct confondu parmi le ciel obscur,
Tissait à la fenêtre où verdissait l’azur
L’ombre du soir mêlée à la cendre du saule.
Tu laissais contre moi s’alourdir ton épaule,
Et, le temps d’un éclair, l’amour fut le plus fort.
 
Ô vertige, ô délice amer comme la mort !
J’ai tenu sur mon sein ta beauté renversée,
Ta beauté sans défense entre mes bras pressée.
Ton cher visage empreint d’un tendre désespoir,
Ces mèches de cheveux couleur de raisin noir,
Plus glissantes que la toison des jeunes chèvres,
Et leur sombre senteur qui me montait aux lèvres,
Et ton âme au désir consentante un moment.
Mais toi, te défaisant de cet embrassement
Où je sentais faiblir ta force emprisonnée,
Tu redressas d’abord ta tête abandonnée,
Et, d’un pas à la fois rapide et chancelant,
Tu te repris bien vite et partis en tremblant.
Ne franchis pas encor le seuil de cette porte,
Arrête ! Mon désir, ma souffrance, ah ! qu’importe
À ce cœur dévoré maintenant de remords
Et d’amour ! Ne fuis pas, écoute ; si tu sors,
C’en est fait, et je perds, hélas ! toute espérance !
Parle. Pourquoi garder ce farouche silence ?
Pourquoi ces yeux remplis de tristesse et d’effroi,
Ces beaux regards blessés qui s’écartent de moi ?

[...]

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Lаutréаmоnt : «Οn nе mе vеrrа pаs, à mоn hеurе dеrnièrе...»

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Vоiturе : «Μа fоi, с’еst fаit...»

Τоulеt : Сhеvаuх dе bоis.

Τоulеt : «Се n’еst pаs drôlе dе mоurir...»

Μénаrd : Βlаnсhе

Hugо : «Jеunеs gеns, prеnеz gаrdе аuх сhоsеs quе vоus ditеs...»

Μаrtinеt : Τu vаs tе bаttrе...

Jаmmеs : Ιl vа nеigеr

Τristаn L’Hеrmitе : Ρоlуphèmе еn furiе

☆ ☆ ☆ ☆

Rоnsаrd : «Αfin qu’à tоut јаmаis dе sièсlе еn sièсlе vivе...»

Lаfоrguе : L’Îlе

Frаnс-Νоhаin : Ρауsаgе dе nеigе

Frаnс-Νоhаin : Βеrсеusе оbsсènе

Βruаnt : Сrânеusе

Fоurеst : Αndrоmаquе

Αpоllinаirе : Lа Νuit d’аvril 1915

Lоuÿs : Αmbitiоn

Μénаrd : Τhébаïdе

Соppéе : Sоnnеt dit pаr l’аutеur аu 3е bаnquеt dе Lа Ρlumе

Cоmmеntaires récеnts

De Сurаrе- sur Désеspérémеnt (Соppéе)

De Εsprit dе сеllе sur Sœur équivоquе (Sеgаlеn)

De Сосhоnfuсius sur «Dès quе се Diеu...» (Jоdеllе)

De Сосhоnfuсius sur Lе Rhin (Μussеt)

De Сосhоnfuсius sur Τhébаïdе (Μénаrd)

De Сhristiаn sur L’ânе étаit pеtit (Jаmmеs)

De Сhristiаn sur Rimbаud

De Gаrdiеn dеs оiеs sur Μоn tеstаmеnt (Ρirоn)

De Εsprit dе сеllе sur Μаriа Gаrсiа (Βаnvillе)

De Сurаrе- sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De mаuguеg sur «Ιl plеut sur lа mеr, lеntеmеnt...» (Hаrаuсоurt)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur «Соmbiеn quе tоn Μаgnу аit lа plumе si bоnnе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur Féеriе (Vаlérу)

De Сurаrе- sur «Jе vоus еnvоiе un bоuquеt...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur «Dе vоtrе Diаnеt (dе vоtrе nоm ј’аppеllе...» (Du Βеllау)

De Vinсеnt sur «Βеl аlbâtrе vivаnt qu’un fin сrêpе nоus сасhе...» (Lа Rоquе)

De Hоrаtius Flассus sur Αriаnе (Hеrеdiа)

De Ιо Kаnааn sur «Ô qu’hеurеuх еst сеlui qui pеut pаssеr sоn âgе...» (Du Βеllау)

De lасоtе sur D’un bоuquеt d’œillеts gris еt rоugеs (Sаint-Gеlаis)

De Gаrdеur dе саnаrds sur Βаllаdе dеs Εnfаnts sаns sоuсi (Glаtignу)

De Τhundеrbird sur «Ρrélаt, à qui lеs сiеuх се bоnhеur оnt dоnné...» (Du Βеllау)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz