Thibaut d’Amiens



 
J’ai un cœur trop laid
Qui souvent méfait
Et peu s’en émaie ;
Et le temps s’en va,
Et je n’ai rien fait
Où grand fiance aie.
Assez ai musé
Et mon temps usé,
Dont j’attends grief paie,
Si par sa bonté
La fleur de pur’té
Son fils ne m’apaie.
 
Mon cœur est trop vain
Et vil et vilain
Et gai et volage.
Il n’est mie sain
Ains est faux et feint
Plein de grands outrages.
Il est hors de sens,
De pauvre pourpens,
De mauvais usages.
Un chétif dolent,
Paresseux et lent
Obscur et ombrage.
 
Il est fol à droit
Qui assez accroît
Et rien ne veut rendre ;
Souvent me déçoit,
Tels présents reçoit
Qui le fait méprendre.
Bien sait en muser,
En rire, en jouer,
Sa cure dépendre,
Mais en bien pleurer
Ni en bien orer
Ne sait-il entendre.
 
Il veut peu veiller
Et peu travailler
Et doute poverte.
Il veut peu prier
Et veut grand loyer
Avoir sans desserte.
Il veut sans semer
Assez moissonner,
C’est folie aperte.
Nul ne peut trouver
Grand fruit sans œuvrer
En terre déserte.
 
Hé, Dieu, que ferai !
Comment finirai
Au jour de juïse ?
Comment conterai
Au juge verai
Au roi de justice ?
Nul conseil n’y vois
Si ne m’en pourvois
Devant celle assise :
Qu’adonc pri’ pour moi
La mère le roi
Par sa grand franchise.
 
Hélas, je comment
Par lequel hardement
Requerrai s’aïe,
Quant à escient
Et mauvaisement
L’ai tant mésservie ?
Je m’enhardirai
Et si lui dirai :
« Très douce Marie,
Je m’amenderai
Et vous servirai
Trèstoute ma vie. »
 
Ma vie, m’amour,
Ma joie, m’honneur,
Ma paix, ma lumière,
Qui de vrai secours
Faire aux pécheürs
Êtes coutumière,
Mon cœur mehaigné
Mets à votre pied,
Noble trésorière,
Faites le haitié,
Vous qui de pitié
Êtes bouteillère.
 
Pucelle royaux,
Reïne loyaux,
Mère débonnaire,
Précieux vaisseaux,
Esmerés cristaux
Pleins de saintuaire,
Temples aornés,
Très enluminés
De grand luminaire,
M’âme confortez,
Douce qui portez
Le doux laituaire.
 
Celle de pigment
Que fait doucement
Le cœur sobre vivre,
Clef de l’oignement
Qui la morte gent
Peut faire revivre,
Grande est votre odeur
Et votre douceur ;
Nul ne peut décrire
Comm’ la votre amour
Humble pécheür
Volontiers délivre.
 
Très nobles palmiers,
Très doux oliviers
Pleins de médecine,
Très gentils rosiers,
Et souefs églantiers
Qui n’a nulle épine.
Délicieux cyprès,
Que loin jette et près
Odeur si très fine,
Purgez m’âme adès
Et la tenez près
De votre doctrine.
 
Arbre de haut fruit
Qui à notre nuit
Apportâtes joie
Moult a cil déduit
Et seür conduit
Qui à vous s’apoie.
Très sainte clarté
Qui les égarés
Ramenez en voie
Ne me trépassez,
Voir’, j’aurais assez
Si je vous avais.
 
Étoile de mer,
À mon cœur amer
Ne soyez amère.
Seigneur l’entamer
À vous bien aimer
Belle douce mère.
Par Dieu car m’oyez
Et si ne soyez
Vers moi si amère :
Clarté m’envoyez
Et me ravïez
Très sage et très chère.
 


Commentaire (s)
Déposé par lolita2309 le 5 décembre 2012 à 18h55

magnifique poème dur à apprendre

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