Apollinaire

Calligrammes, 1918


Le Palais du tonnerre


 
Par l’issue ouverte sur le boyau dans la craie
En regardant la paroi adverse qui semble en nougat
On voit à gauche et à droite fuir l’humide couloir désert
Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux yeux réglementaires qui servent à l’attacher sous les caissons
Un rat y recule en hâte tandis que j’avance en hâte
Et le boyau s’en va couronné de craie semé de branches
Comme un fantôme creux qui met du vide où il passe blanchâtre
Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé par quelques lignes droites
Mais en deçà de l’issue c’est le palais bien nouveau et qui paraît ancien
Le plafond est fait de traverses de chemin de fer
Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touffes d’aiguilles de sapin
Et de temps en temps des débris de craie tombent comme des morceaux de vieillesse
À côté de l’issue que ferme un tissu lâche d’une espèce qui sert généralement aux emballages
Il y a un trou qui tient lieu d’âtre et ce qui y brûle est un feu semblable à l’âme
Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu’il dévore et fugitif
Les fils de fer se tendent partout servant de sommier supportant des planches
Ils forment aussi des crochets et l’on y suspend mille choses
Comme on fait à la mémoire
Des musettes bleues des casques bleus des cravates bleues des vareuses bleues
Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs
Et il flotte parfois en l’air de vagues nuages de craie
 
Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux dorés à tête émaillée
Noirs blancs rouges
Funambules qui attendent leur tour de passer sur les trajectoires
Et font un ornement mince et élégant à cette demeure souterraine
Ornée de six lits placés en fer à cheval
Six lits couverts de riches manteaux bleus
 
Sur le palais il y a un haut tumulus de craie
Et des plaques de tôle ondulée
Fleuve figé de ce domaine idéal
Mais privé d’eau car ici il ne roule que le feu jailli de la mélinite
Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés
Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes
Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais
Le palais s’éclaire parfois d’une bougie à la flamme aussi petite qu’une souris
Ô palais minuscule comme si on te regardait par le gros bout d’une lunette
Petit palais où tout s’assourdit
Petit palais où tout est neuf rien rien d’ancien
Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme un roi
Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse
Un journal du jour traîne par terre
Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure
Si bien qu’on comprend que l’amour de l’antique
Le goût de l’anticaille
Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes
Tout y était si précieux et si neuf
Tout y est si précieux et si neuf
Qu’une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y apparaît
                                Plus précieuse
Que ce qu’on a sous la main
Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche et si neuve
Et deux marches neuves
                      Elles n’ont pas deux semaines
Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble antique sans imiter l’antique
Qu’on voit que ce qu’il y a de plus simple de plus neuf est ce qui est
Le plus près de ce que l’on appelle la beauté antique
Et ce qui est surchargé d’ornements
A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu’on appelle antique
Et qui est la noblesse la force l’ardeur l’âme l’usure
De ce qui est neuf et qui sert
Surtout si cela est simple simple
Aussi simple que le petit palais du tonnerre
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Соppéе : «Quеlquеfоis tu mе prеnds lеs mаins еt tu lеs sеrrеs...»

Τоulеt : Éléphаnt dе Ρаris.

Μаllаrmé : «Quаnd l’оmbrе mеnаçа dе lа fаtаlе lоi...»

Riсtus : Βеrсеusе pоur un Ρаs-dе-Сhаnсе

Klingsоr : À lа сhаndеllе

Τоulеt : «С’étаit sur un сhеmin сrауеuх...»

Lа Fоntаinе : «Αimоns, fоutоns, се sоnt plаisirs...»

Μаrоt : Αnnе, pаr јеu, mе јеtа dе lа nеigе

Τоulеt : «Gérоntе d’unе аutrе Ιsаbеllе...»

Vеrlаinе : Lоndrеs

Glаtignу : Lеs Αntrеs mаlsаins

Lа Villе dе Μirmоnt : «Ρаr un sоir dе brоuillаrd, еn un fаubоurg du nоrd...»

☆ ☆ ☆ ☆

Τоulеt : «Lе соuсоu сhаntе аu bоis qui dоrt....»

Τоulеt : «Τrоttоir dе l’Élуsé’-Ρаlасе...»

Gill : Lе Ρаillаssоn

Gill : Εхhоrtаtiоn

Gill : Lа Lеvrеttе еt lе gаmin

Сhаrlеvаl : À unе Dаmе, qui rаillаit l’Αutеur d’êtrе lоngtеmps à lа саmpаgnе

Μаеtеrlinсk : «Ιls оnt tué trоis pеtitеs fillеs...»

Rоllinаt : Βаlzас

Μаrоt : Sur quеlquеs mаuvаisеs mаnièrеs dе pаrlеr

Соppéе : «Εn plеin sоlеil, lе lоng du сhеmin dе hаlаgе...»

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Lа Fеnêtrе dе lа mаisоn pаtеrnеllе (Lаmаrtinе)

De Сhristiаn sur Un јеunе pоètе pеnsе à sа biеn-аiméе qui hаbitе dе l’аutrе сôté du flеuvе (Βlémоnt)

De Сhristiаn sur Οrаisоn du sоir (Rimbаud)

De Сосhоnfuсius sur «Vоus triоmphеz dе mоi, еt pоurсе је vоus dоnnе...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur «Jе nе vеuх plus, Ρаillеur, mе rоmprе tаnt lа têtе...» (Viоn Dаlibrау)

De Сосhоnfuсius sur «Οui, је suis prоprеmеnt à tоn nоm immоrtеl...» (Αubigné)

De Jаdis sur «Ν’аllеz pаs dеvаnt сеs vеrs-сi...» (Lаfоrguе)

De Сriсtuе sur «Vоs сélеstеs bеаutés, Dаmе, rеndеz аuх сiеuх...» (Μаgnу)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Jе sаis un ruissеаu dоnt lе flоt сhаntоnnе...» (Riсtus)

De Сriсtuе sur Lе Βruit dе l’еаu (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Lе Rоsе (Gаutiеr)

De Сriсtus sur «Gоrdеs, quе fеrоns-nоus ? Αurоns-nоus pоint lа pаiх ?...» (Μаgnу)

De Jаdis sur Ρоur lа glоirе dе Μаllаrmé (Rоdеnbасh)

De Vinсеnt sur Lеs Саrmélitеs (Νеlligаn)

De Εsprit dе сеllе sur «Dès quе се Diеu...» (Jоdеllе)

De Vinсеnt sur Lе Dоrmеur du vаl (Rimbаud)

De Sаint Τripоdе sur Lеs Litаniеs dе Sаtаn (Βаudеlаirе)

De Εхасt pоdе sur Lа Rоsе (Αсkеrmаnn)

De Εsprit dе сеllе sur «Lе sоn du соr s’аffligе vеrs lеs bоis...» (Vеrlаinе)

De Сurаrе- sur «Jе nе sаis соmmеnt је durе...» (Ρizаn)

De Саttаnео Dаniеl-Ρiеr sur Ρhèdrе (Fоurеst)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе