Aubigné


L’Hiver


 
Mes volages humeurs, plus stériles que belles,
S’en vont, et je leur dis : « Vous sentez, hirondelles,
S’éloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs pour ne fâcher, impures,
Ma couche de babil et ma table d’ordures ;
Laissez dormir en paix la nuit de mon hiver. »
 
D’un seul point le soleil n’éloigne l’hémisphère ;
Il jette moins d’ardeur, mais autant de lumière.
Je change sans regrets lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J’aime l’hiver, qui vient purger mon cœur du vice,
Comme de peste l’air, la terre de serpents.
 
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées
Le soleil qui me luit les échauffe, glacées,
Mais ne les peut dissoudre au plus court de ces mois.
Fondez, neiges, venez dessus mon cœur descendre,
Qu’encores il ne puisse allumer de ma cendre
Du brasier, comme il fit des flammes autrefois.
 
Mais quoi, serai-je éteint devant ma vie éteinte ?
Ne luira plus en moi la flamme vive et sainte,
Le zèle flamboyant de ta sainte maison ?
Je fais aux saints autels holocaustes des restes
De glace aux feux impurs, et de naphte aux célestes,
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison.
 
Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines !
Le rossignol se tait, se taisent les sirènes ;
Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs
L’espérance n’est plus bien souvent tromperesse,
L’hiver jouit de tout : bienheureuse vieillesse,
La saison de l’usage et non plus des labeurs.
 
Mais la mort n’est pas loin ; cette mort est suivie
D’un vivre sans mourir, fin d’une fausse vie
Vie de notre vie et mort de notre mort.
Qui hait la sûreté pour aimer le naufrage ?
Qui a jamais été si friand du voyage
Que la longueur en soit plus douce que le port ?
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 24 janvier 2013 à 15h14

 Un abri délabré dans le soleil levant :
     Sur la fin de ma vie, j’en ai fait ma demeure ;
     Il frémit doucement quand la brise l’effleure,
     Nul n’est seul s’il entend sur lui passer le vent.

     Ce jardin qu’autrefois nous allions cultivant
     S’est transformé en friche où la rocaille affleure ;
     Les insectes variés qui là vivent et meurent
     Sont une compagnie pour l’ermite écrivant.

     Frères me sont aussi les nuages qui passent
     Et les vents hivernaux devant qui tout se glace,
     Et puis le crépuscule à la rouge couleur.

     Automne, hiver, printemps, mes saisons familières,
     Vous visitez ce tas d’herbe folle et de pierres ;
     L’été viendra sécher ce qu’il reste de fleurs.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian le 24 janvier 2013 à 15h53

Poétique comme tout !

(Moi j’aurais écrit « qui vivent là, et meurent, » et  peut-être même « dessous qui tout se glace » ...)

[Lien vers ce commentaire]

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