Joseph Autran

Sonnets capricieux, 1873


La Rime riche


 
Fureur de bien rimer, que ne fais-tu point faire ?
Que de plumes par toi s’en vont, tout de travers,
Chercher je ne sais où, pour achever le vers,
Un mot dont le bon sens n’avait aucune affaire !
 
Un vocable naïf me serait nécessaire :
Mais non, si l’on est pris de cet amour pervers,
Pour mieux doter la rime, on change d’hémisphère,
Et l’on rapporte un mot grand comme l’univers.
 
Sans cette escrime-là, dit-on, l’esprit se rouille ;
Il faut, pour bien tirer, être un peu ferrailleur.
Je ne sais si le mot est sincère ou railleur ;
 
Mais je hais un esprit qui dans le jeu s’embrouille ;
Et, lorsqu’au bout du vers je n’attends qu’une fleur,
Je n’aime pas du tout y voir une citrouille.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 22 novembre 2013 à 14h07

La versification  est une fleur fatale
Dont le parfum enivre et endort le cerveau.
Et chez tel vieux rimeur, ce fait n’est pas nouveau,
Le culte de la rime est sa folie natale.

S’il observe un corbeau dévorant le soleil,
Il ne parvient pas même à trouver ça bizarre.
Aussitôt, concentré malgré le tintamarre,
Il cherche ce qui rime avec l’astre vermeil.

S’il voit un fou qui a pour cervelle un nuage,
Il ne l’avertit pas du danger qu’est le vent.
Il fronce les sourcils, cherchant, comme devant,
Si quelque mot qui rime est dans le paysage.

Et son texte se forme et c’est souvent pour rien.
Son cerveau tout vibrant et son corps immobile
Ont ensemble entrepris un voyage débile
Vers la tranquille mort des fous, je l’entends bien !

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 18 janvier 2022 à 12h06


Je t’en fiche
----------------

Ayant examiné ce discours, j’en infère
Qu’il est bon que dissone et que boîte le vers.
Mais foin de ces hoquets et couinements divers :
Les chants bien accordés sont ceux que je préfère.
 
Écoutez-les monter, chantants, dans l’atmosphère,
Gagnant les cieux depuis le vasistas ouvert !
(Il suffit d’ajouter dans le calorifère
Un peu de combustible, après tout c’est l’hiver).
 
Les rimes de quat’ sous prolifèrent et grouillent,
Trouvailles sans éclat de pâles rimailleurs :
Qu’ils aillent donc plutôt se faire pendre ailleurs.
 
S’il faut versifier, ma foi, je me débrouille,
– Et sans votre secours, messieurs les conseilleurs –
Chevauchant, tel Bayard, sans reproche et sans trouille.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 18 janvier 2022 à 14h11

... et sans accent sur "boite".

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 17 février 2022 à 13h54

Batraciens près de la Sorgue
------------

La grenouille à l’eau vive une eau calme préfère,
Elle dont la paresse est le moindre travers ;
Elle trône, immobile, en son bel habit vert,
Savourant le plaisir de n’avoir rien à faire.

L’amphibien ne vaut pas moins que le mammifère,
Lui qui, au long du jours, ne fait rien de pervers ;
Il anime la mare, il crée une atmosphère,
Il s’active en été, puis s’endort en hiver.

Ne dénigre donc pas la modeste grenouille,
Ne lui demande pas d’aller chanter ailleurs
Et ne l’accable pas de tes propos railleurs.

Avec aucun voisin cet être ne se brouille,
Son coeur n’est pas connu pour être batailleur ;
Aucun mauvais penchant sa pureté ne souille.

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