Théodore de Banville

Sonnailles et Clochettes, 1890


Moderne


 
Le Saint dit à son compagnon :
Vil animal souillé de crotte,
Puisque tu prends cet air grognon,
Va te cacher là, dans la grotte.
 
Laisse-moi dans l’air nébuleux
Regarder l’Ange qui s’élance
Pour franchir les escaliers bleus,
Et d’abord, garde le silence.
 
Mais le rôdeur aux flancs épais
Dit : Je suis fatigué du mythe.
En somme, accorde-moi la paix !
Ne m’agace pas, bon ermite.
 
C’est bon. Laisse tes vieux cheveux
Se coller sur ta face blême,
Et je parlerai, si je veux.
Garde le silence, toi-même.
 
Les instants envolés sont courts.
Bonhomme, il ne faudrait pas m’être
Désagréable en tes discours,
Et maintenant, c’est moi le maître.
 
Tu nasilles, comme au lutrin.
Mais sache-le, vieux botaniste,
C’est moi seul qui suis dans le train.
Je suis le Cochon moderniste.
 
Je suis comme un roi d’Orient.
Le soleil me baise et me dore,
Et tout le monde, en me voyant,
Me dit : Cochon, viens qu’on t’adore !
 
Dût cette existence m’user,
Parmi des femmes idolâtres
Désormais je veux m’amuser
Dans les endroits les plus folâtres.
 
Hôte d’éblouissants palais,
Je fréquenterai les Folies-
Bergère, pour courtiser les
Demoiselles aux mœurs polies.
 
Je couronnerai mes destins.
Puisqu’ici-bas tout n’est que rêve,
J’organiserai des festins
Si plantureux que l’on en crève.
 
Je veux des menus abondants
Que nul ascète ne rature.
Et puisque enfin je règne dans
La meilleure littérature,
 
J’irai, sans demander jusqu’où.
Tandis que siffleront les merles,
On attachera sur mon cou
Des fleurs et des colliers de perles,
 
Ermite, dans les cieux divins
Tu peux regarder fuir les Anges.
Moi je me soûlerai de vins,
De belles chairs et de louanges.
 
Après avoir bien déliré
Dans une éternelle glissade,
Avec délices je lirai
Mon ravissant marquis de Sade.
 
Je mènerai des chœurs dansants,
Et, tout le temps que le jour dure,
Caressé, fier, ivre d’encens,
J’irai me vautrer dans l’ordure.
 

2 avril 1889.

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 31 janvier 2014 à 11h25

Sagesse du cochon
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Antoine élève un cochon
De compagnie : c’est son pote.
Et c’est un penseur profond,
Même s’il n’a point de bottes.

Il garde un silence épais,
Ne s’abusant point aux mythes ;
C’est ainsi qu’il vit en paix,
Connaisseur de ses limites.

Il n’est jamais pris de court
Par l’arrogance des Maîtres :
Il se rit de leurs discours,
Car il peut se le permettre.

Une mouette d’Orient
Lui rend visite, à l’aurore ;
Avec elle, il va riant
Par les chemins qui se dorent.

Il ne craint point son destin,
Se doutant que c’est un rêve ;
Il s’attable en un festin,
Se foutant qu’ensuite, on crève.

Antoine sourit, pensant
Qu’elle a raison, la Nature,
De faire un cochon dansant,
Exempt de cléricature.

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