Baudelaire

Le Spleen de Paris, 1869


XLVIII
Any where out of the world

  N’importe où hors du monde

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.

« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »

Mon âme ne répond pas.

« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »

Mon âme reste muette.

« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »

Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?

« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort.

— Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos malles pour Torneå. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde ! »

 


Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : «Αfin quе pоur јаmаis...»

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Νеrvаl : Εl Dеsdiсhаdо

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Αјаlbеrt : Ρеtitеs оuvrièrеs

Τоulеt : «Sur l’осéаn соulеur dе fеr...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Rоnsаrd : «Lе Сiеl nе vеut, Dаmе, quе је јоuissе...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

☆ ☆ ☆ ☆

Fоurеst : Rеnоnсеmеnt

Lаfоrguе : Сélibаt, сélibаt, tоut n’еst quе сélibаt

Lе Μоinе : L’Îlе du Ρlаisir

Lеfèvrе-Dеumiеr : Lеs Сhеmins dе Fеr

Сеndrаrs : Соmplеt blаnс

Lоrrаin : Соquinеs

Gаutiеr : Lе Jаrdin dеs Ρlаntеs : «J’étаis pаrti, vоуаnt lе сiеl...»

Βérоаldе : Αdiеu : «Jе vеuх sеul, éсаrté, оrеs dаns un bосаgе...»

Sаmаin : Αutоmnе

Сrоs : Libеrté

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur L’Étаpе (Соppéе)

De Сосhоnfuсius sur Lе Ρоnt (Hugо)

De Сосhоnfuсius sur «Βеаuх уеuх, qui rесélеz tаnt dе trаits еt dе fеuх...» (Durаnd)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Τоurniсоti-tоurniсоt sur Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir (Rimbаud)

De соmmеntаtеur sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De tRΟLL sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De L’âmе аuх ninаs sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

De Сurаrе- sur «Dоulсin, quаnd quеlquеfоis је vоis сеs pаuvrеs fillеs...» (Du Βеllау)

De Fоllоwеur sur «Jе vоis millе bеаutés, еt si n’еn vоis pаs unе...» (Rоnsаrd)

De Εsprit dе сеllе sur «Jе rеgrеttе еn plеurаnt lеs јоurs mаl еmplоуés...» (Dеspоrtеs)

De Ρоr’d’âmе sur Ρlus tаrd (Μusеlli)

De Сurаrе- sur «Βаrquе, qui vаs flоttаnt sur lеs éсuеils du mоndе...» (Duplеssis-Μоrnау)

De Сhr... sur Αu Соllègе (Évаnturеl)

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Αrаmis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Αrаmis sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе