Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


De profundis clamavi


 
J’implore ta pitié, Toi, l’unique que j’aime,
Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé.
C’est un univers morne à l’horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l’horreur et le blasphème ;
 
Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;
C’est un pays plus nu que la terre polaire ;
— Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !
 
Or il n’est pas d’horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;
 
Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l’écheveau du temps lentement se dévide !
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 29 septembre 2015 à 11h54

Calice d’or
--------------

Le calice, songeant au charpentier qu’il aime,
En un recueillement nostalgique est tombé ;
Par le vitrail, on voit un peu de ciel plombé,
Un grillon, dans un coin, bredouille un vieux blasphème.

Calice ni grillon n’ont le don des poèmes,
Le silence par eux n’est guère perturbé ;
Ce silence d’église est de grâce enrobé,
L’esprit va savourant son absence de thème.

Le calice est tombé dans un sommeil limpide,
Si l’on n’y prend bien garde, on croirait qu’il est vide ;
Trois gouttes, cependant, en tapissent le fond.

Le vin en sang muté, que nul fruit ne surpasse,
Se fige dans la coupe et semble un vin de glace,
Reflétant de furtifs et malicieux démons.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 24 avril 2018 à 12h24

Crevette vagabonde
-----------------------

La crevette navigue aux océans qu’elle aime ;
Le soleil peut brûler, les pluies peuvent tomber,
Quand on reste dans l’onde, on s’y peut dérober,
Car l’illustre Gribouille en fit un théorème.

La crevette est subtile, elle aime les poèmes,
Même ceux dont l’auteur est un peu perturbé ;
Tous ces textes anciens sont de grâce enrobés,
On les apprécie même en l’absence de thème.

Ses jours sont apaisés, son sommeil est limpide,
Si l’on scrute son coeur, on croirait qu’il est vide ;
Les sirènes, pourtant, en connaissent le fond.

Une algue des récifs, que nul fruit ne surpasse,
Se dilue dans son corps et semble un vin de glace,
Tel qu’au plus haut des cieux les archanges le font.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Vincent le 25 avril 2018 à 20h12

L’amour est enfant de bohème


C’est le même problème à chaque fois qu’il aime,
Il couvre de cadeaux (des bijoux, des robes et
Des voyages) sa belle, et la laisse tomber,
Cela est aussi sûr que l’est un théorème.

Elle l’apprend toujours par les mots d’un poème,
Dans lequel il explique être trop perturbé
Et trop nul pour elle ; un discours enrobé
De moult précautions car il craint l’anathème.

Il avait supposé les choses plus limpides,
Qu’un jour disparaitrait cet insondable vide ;
La vie n’est que douleur quand les liens se défont.

L’amour est le plus fort, de loin il nous surpasse,
Sa pleine liberté ne laisse pas de glace,
On l’aime aussi pour ça, si l’on y pense, au fond.

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