Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


L’Ennemi


 
Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.
 
Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.
 
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?
 
— Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 février 2013 à 10h38

Ce corps meurt par fragments et ne se voit mourir,
C’est juste que la vie paraît plus difficile.
Le ton de nos sonnets est toujours juvénile,
Mais, au long des chemins, nous allons, sans courir...

Or, nous le savons bien, qu’il nous faudra périr.
Ce corps que nous avons n’est qu’un vase fragile
Qui au fleuve du temps doit rendre son argile,
Et l’esprit une source en train de se tarir.

Mais si la vie nous donne une force illusoire,
Faisons que cette vie soit une belle histoire,
Que viennent l’illustrer mille pages d’amour.

Les morts ne draguent pas, ne boivent pas non plus
Et ne relisent pas les livres souvent lus :
Buvons donc aujourd’hui notre vin de ce jour.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 8 avril 2019 à 12h14

Trois planètes ivres
----------------------

Ces trois astres rocheux sont parcourus d’orages ;
Ils dansent follement autour de leur soleil.
Nul ne peut résister aux vents qui les ravagent,
Nul n’est jamais certain d’y trouver le sommeil.

Vers ce secteur maudit, ne va pas en voyage,
D’un poète astronaute écoute le conseil ;
Bien d’autres n’ont laissé, qui là firent naufrage,
Aucune trace d’eux ni de leur appareil.

Si tu veux, si tu peux, navigue dans un rêve,
Tu auras pour mentors les ondins de la grève
Savourant du printemps la nouvelle vigueur ;

Sois cette âme inspirée dont l’audace défie
Le sombre quotidien qui nous ronge le coeur,
Vraiment fort est celui qu’un songe fortifie.

[Lien vers ce commentaire]

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