Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Le Flambeau vivant


 
Ils marchent devant moi, ces Yeux pleins de lumières,
Qu’un Ange très savant a sans doute aimantés ;
Ils marchent, ces divins frères qui sont mes frères,
Secouant dans mes yeux leurs feux diamantés.
 
Me sauvant de tout piège et de tout péché grave,
Ils conduisent mes pas dans la route du Beau ;
Ils sont mes serviteurs et je suis leur esclave ;
Tout mon être obéit à ce vivant flambeau.
 
Charmants Yeux, vous brillez de la clarté mystique
Qu’ont les cierges brûlant en plein jour ; le soleil
Rougit, mais n’éteint pas leur flamme fantastique ;
 
Ils célèbrent la Mort, vous chantez le Réveil ;
Vous marchez en chantant le réveil de mon âme,
Astres dont nul soleil ne peut flétrir la flamme !
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 27 août 2015 à 11h22

Ours de sable
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Il marche dans le soir, et capte la lumière,
Tournant vers l’horizon son regard aimanté ;
Sa demeure sur terre est un manoir hanté
Dont les vastes couloirs se couvrent de poussière.

Il mange son dîner dans de vieilles soupières,
Des navets succulents que lui-même a plantés,
Des assaisonnements qu’il a su inventer,
Il mange son dîner sur la table de pierre.

Puis il sort de chez lui, dans la clarté mystique
Envahissant, le soir, son jardin fantastique,
Quand se refroidit l’air, quand rougit le soleil.

Près d’une cheminée où ne vit nulle flamme,
Il trouve le repos de la chair et de l’âme,
Toujours aussi serein, quand survient le réveil.

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