Baudelaire


Le Goût du Néant


 
Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L’Espoir, dont l’éperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t’enfourcher ! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute.
 
Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil de brute.
 
Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur,
L’amour n’a plus de goût, non plus que la dispute ;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte !
Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur !
 
Le Printemps adorable a perdu son odeur !
 
Et le Temps m’engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur ;
Je contemple d’en haut le globe en sa rondeur
Et je n’y cherche plus l’abri d’une cahute.
 
Avalanche, veux-tu m’emporter dans ta chute ?
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 13 janvier 2025 à 08h29


Bagou malséant
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Ce poème est charmant, là, Charles, vous m’émûtes,
Enfoncé, ce Schubert, et ses piteux Lieder !
Vous fûtes de l’Esprit le digne ambassadeur,
Fiançant l’oxymore avec l’anacoluthe.

(Votre spleen incessant, parfois, ça se discute.)

Au diable les fâcheux et foin des emmerdeurs !
Vos quatrains sont de ceux qui nous électrocutent ;
J’y plonge avec élan, ravi, sans parachute :
Pour les entendre, nul besoin d’un décodeur.

Mais mon cœur réclamait Paris et sa splendeur ;

C’est pourquoi j’ai quitté la forêt des Carnutes
Pour la rue Saint-Denis où, farouche glandeur,
J’ai, de nombreuses fois, vu passer un cardeur
(Le cardeur à Paris n’est pas trop fute-fute),

Quêtant stérilement quelque autre rime en -ute. (1)


(1) Il y aurait bien « babelute », mais je n’arrive pas à la caser. Peut-être :
« Oh ! Combien m’enchanter, vieux Poète, vous pûtes ! »

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