Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Le Reniement de saint Pierre


 
Qu’est-ce que Dieu fait donc de ce flot d’anathèmes
Qui monte tous les jours vers ses chers Séraphins ?
Comme un tyran gorgé de viande et de vins,
Il s’endort au doux bruit de nos affreux blasphèmes.
 
Les sanglots des martyrs et des suppliciés
Sont une symphonie enivrante sans doute,
Puisque, malgré le sang que leur volupté coûte,
Les cieux ne s’en sont point encore rassasiés !
 
— Ah ! Jésus, souviens-toi du Jardin des Olives !
Dans ta simplicité tu priais à genoux
Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous
Que d’ignobles bourreaux plantaient dans tes chairs vives,
 
Lorsque tu vis cracher sur ta divinité
La crapule du corps de garde et des cuisines,
Et lorsque tu sentis s’enfoncer les épines
Dans ton crâne où vivait l’immense Humanité ;
 
Quand de ton corps brisé la pesanteur horrible
Allongeait tes deux bras distendus, que ton sang
Et ta sueur coulaient de ton front pâlissant,
Quand tu fus devant tous posé comme une cible,
 
Rêvais-tu de ces jours si brillants et si beaux
Où tu vins pour remplir l’éternelle promesse,
Où tu foulais, monté sur une douce ânesse,
Des chemins tout jonchés de fleurs et de rameaux,
 
Où, le cœur tout gonflé d’espoir et de vaillance,
Tu fouettais tous ces vils marchands à tour de bras,
Où tu fus maître enfin ? Le remords n’a-t-il pas
Pénétré dans ton flanc plus avant que la lance ?
 
— Certes, je sortirai, quant à moi, satisfait
D’un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve ;
Puissé-je user du glaive et périr par le glaive !
Saint Pierre a renié Jésus... il a bien fait !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 16 avril 2016 à 15h09

Animaux du jardin
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Les bêtes du jardin, sans craindre l’anathème,
Se moquent de l’archange et des doux séraphins,
Leur faisant avaler de grands verres de vin
Afin de les pousser à dire des blasphèmes.

Aucun arbre chez moi ne donne des olives,
Et le sol est bien dur pour s’y mettre à genoux ;
Chaque soir, on entend la plainte du hibou,
Procurant à chacun une frayeur bien vive.

Mais au matin, le jour est brillant, et si beau
Qu’on le dirait fertile, et chargé de promesses ;
Alors, les animaux vont entendre la messe
Dans la chapelle au sol parsemé de rameaux.

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