Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Le Vin du Solitaire


 
Le regard singulier d’une femme galante
Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;
 
Le dernier sac d’écus dans les doigts d’un joueur ;
Un baiser libertin de la maigre Adeline ;
Les sons d’une musique énervante et câline,
Semblable au cri lointain de l’humaine douleur,
 
Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poëte pieux ;
 
Tu lui verses l’espoir, la jeunesse et la vie,
— Et l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux !
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 février 2013 à 10h51

Partager l’air du temps, est-il dans l’univers
Un plus charmant plaisir (sinon dans les bouteilles) ?
Bergère dont l’aspect de loin nous émerveille
Ne saurait qu’ajouter à la douceur de l’air.

Souvent, pour résister aux rigueurs de l’hiver,
Aile contre aile, au nid, se pressent les abeilles ;
Les oiseaux du jardin, de même, sous la treille,
Ensemble sont blottis, face au grand froid pervers.

La douceur est ainsi obtenue, aux étables,
Aux sous-bois, aux jardins, alentour d’une table,
Quant vibre au coin du feu l’air du grillon chanteur.

Bergère et son berger partagent du vin sombre :
Ici, pas plus d’écart qu’entre un corps et son ombre,
Et les jours ont pour eux d’identiques senteurs.

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Déposé par Christian le 25 février 2013 à 13h35

Début de semaine en grande inspiration !...

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Déposé par Cochonfucius le 26 mai 2020 à 13h12

Amphore de Dionysos
--------------

Le dieu, qui peut bénir la vigne que tu plantes,
Verse dans une amphore un honnête vin blanc ;
C’est ce que j’ai cru voir dans un rêve troublant,
Au lit que partageait ma muse nonchalante.

Était-ce, dis-moi, l’un de ces songes qui mentent ?
Je pose la question dans mon coeur indolent.
Même si cette amphore était un faux-semblant,
Je remercie Bacchus pour l’image charmante.

Ce vin, qui fermenta dans la cuve profonde,
Rend mon esprit fertile et ma plume féconde ;
Je remplis bien mon verre, et tout va pour le mieux.

En l’honneur de la soif qui veut être assouvie,
En l’honneur du loisir, en l’honneur de la vie,
Taisons-nous et buvons, c’est le plaisir des dieux.

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