Alphonse Beauregard

Les Alternances, 1921


La Rivière aux trois ponts


 
Du haut de la côte pelée
Je l’aperçus courant, marchant,
Sinueuse, dans la vallée,
En plein soleil ou se cachant
Derrière un arbre, son ombrelle,
Ou dans un rideau de millet ;
Et lorsque j’arrivai près d’elle,
Sur son gravier elle riait.
 
« Trois ponts, dit-elle, pour un mille
De ce grand chemin poussiéreux !
Les arpenteurs, gent incivile,
Lancèrent des mots furieux,
À me voir toujours dans leurs jambes.
Depuis ce n’est que des mamours.
À ma rencontre les yeux flambent,
Tellement plaisent mes détours.
 
« Et je vais. La vie est charmante
À se trotter ainsi partout :
Un troupeau de bœufs me fréquente,
J’aime à mirer leurs grands yeux doux.
Je reçois des moutons, des chèvres
Et même là-haut, dans le bois,
Ours et chevreuils, renards et lièvres
Causent un instant avec moi.
 
« Le long de mon itinéraire,
L’orge, le blé, le sarrasin,
Se succèdent pour me distraire.
Les butomes sont mon jardin.
Je vois la lune et les étoiles
Et m’amuse du ciel truqué
Que je deviens, les nuits sans voiles.
Mon bonheur est peu compliqué.
 
« Le vent, beau raconteur d’histoires,
Dépeint tout un autre univers
Où des rivières peuvent boire
Le lac immense où je me perds.
Il parle de jours sans aurore,
D’étés qui ne finissent pas,
D’éruptions, que sais-je encore...
Je me moque de ce fatras.
 
« Une fois je pensai fort sage,
Sur son conseil, de réfléchir.
Malheur ! Je fis un marécage
Où les ouaouarons vont pourrir.
Il en émerge, d’aventure,
De jaunes et blancs nénuphars,
Mais c’est maussade et sans bordure.
À peine bon pour les canards.
 
« Plus bas il est poussé deux saules
Qui jasent le jour et la nuit
Dans un langage obscur et drôle,
Plein de sentences et d’ennui.
Ils interrogent les narcisses,
Les hiboux, le soleil levant
Et jusqu’à moi. Prompte, je glisse !
Ils ont trop écouté le vent.
 
« Malgré les notions diverses
Que m’offrent les temps et les lieux,
À suivre un but rien ne m’exerce
Excepté le ruisseau boueux.
Il m’exaspère, alors je tâche
De paver mon lit de cailloux
Afin que demeure sans tache
Le lac clair où je me dissous. »
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rаоul Ρоnсhоn

Hugо : Lа Vасhе

Μаrоt : «Un grоs priеur sоn pеtit-fils bаisаit...»

Μаrоt : Dеs nоnnеs, qui sоrtirеnt du соuvеnt pоur аllеr sе réсréеr

Μаrоt : Βаllаdе dе frèrе Lubin

Τоulеt : «Соmmе lеs diеuх gаvаnt lеur pаnsе...»

Βаrbеу d’Αurеvillу : À Vаlоgnеs

Viviеn : «Ô fоrmе quе lеs mаins...»

Τоulеt : Sur lа Hаltе dе сhаssе dе Vаn Lоо.

☆ ☆ ☆ ☆

Βérоаldе : «Dе fеu, d’hоrrеur, dе mоrt, dе pеinе, dе ruinе...»

Βérоаldе : «Dе fеu, d’hоrrеur, dе mоrt, dе pеinе, dе ruinе...»

Sаiх : «Соmmе еn lа flеur dеsсеnd dоuсе rоséе...»

Αсkеrmаnn : Lе Сri

Vеrlаinе : Εх imо

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Rоllinаt : À l’inассеssiblе

Ρоpеlin : Lеs Сеrisеs

Сrоs : Vеrtigе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt à fеu Μ. Dеsуvеtеаuх (Sаint-Αmаnt)

De Jаdis sur L’аdiеu du саvаliеr (Αpоllinаirе)

De Сосhоnfuсius sur Sоlеil соuсhаnt (Hеrеdiа)

De Сосhоnfuсius sur Αndrоmèdе аu mоnstrе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Jаdis sur Lа Ρаssаntе (Νеlligаn)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De Jаdis sur «Ρоurquоi pоur mоn mаlhеur еus-је l’œil si légеr ?...» (Durаnd)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur Sоnnеt à Sir Βоb (Соrbièrе)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

De Lе Gаrdеur d’Οiеs sur Ρоssеssiоn Frаnçаisе (Lеvеу)

De Frаnсisсо sur Dаns l’аubеrgе fumеusе... (Jаmmеs)

De Vinсеnt sur Lа Τоur dе Νеslе (Βеrtrаnd)

De Сhristiаn sur Lézаrd (Βruаnt)

De Dаmе Sаlаmаndrе sur «J’аi pоur mаîtrеssе unе étrаngе Gоrgоnе...» (Rоnsаrd)

De Jеаn-Ρаul ΙΙΙ sur «Εllе аimаit сеuх dоnt lе gоussеt...» (Ρеllеrin)

De јеаn-pаul sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Βirgittе sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Τrаnquillus (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе