Du Bellay

Vers lyriques, 1549


De l’inconstance des choses


Au Seigneur Pierre de Ronsard
Ode IIII


Nul, tant qu’il ne meure,
Heureux ne demeure :
Le Sort inconstant
Or’ se hausse, et ores
S’abaisse, et encores
Au ciel va montant.
 
La Nuit froide, et sombre
Couvrant d’obscure ombre
La Terre, et les Cieux,
Aussi doux que Miel
Fait couler du Ciel
Le Sommeil aux yeux.
 
Puis le Jour luisant
Au Labeur duisant
Sa Lueur expose,
Et d’un Teint divers
Ce grand Univers
Tapisse, et compose.
 
Quand l’Hiver tremblant
Les Eaux assemblant
De Glace polie,
Des Autres puissants
De deuil gémissants
La Rage délie.
 
La Terre couverte
De sa robe verte
Devient triste, et nue.
Le vent furieux
Vulturne en tous Lieux
Les forêts dénue.
 
Puis la Saison gaie
À la Terre essaie
Rendre sa verdure,
Qui ne doit durer,
Las ! mais endurer
Une autre froidure.
 
Ainsi font retour
D’un successif tour
Le Jour, et la Nuit,
Par même Raison
Chacune saison
L’une l’autre suit.
 
Le puéril Âge
Lubrique, et volage
Au Printemps ressemble.
L’Été vient après,
Puis l’Automne est près,
Puis l’Hiver, qui tremble.
 
Ô que peu durable
(Chose misérable)
Est humaine vie,
Qui sans voir le Jour
De ce clair Séjour
Est souvent ravie.
 
Sous le grand Espace
Du ciel, le Temps passe
Par course subite :
Théâtres, Colosses
En Ruines grosses
Le temps précipite.
 
Que sont devenus
Les Murs tant connus
De Troie superbe ?
Ilion est comme
Maint Palais de Rome
Caché, dessous l’Herbe.
 
Torrents, et Rivières
Bruyantes, fières
Courent en maint Lieux,
Ou Rochers, et Bois
Semblaient autrefois
Menacer les Cieux.
 
Les fières Montagnes
Aux humbles Campagnes
On voit égalées,
Maints Lieux foudroyés,
Les autres noyés
Des Ondes salées.
 
Règnes, et Empires
En meilleurs, et pires
On a vu changer,
Maint Peuple puissant
Ses Lois délaissant
Suivre l’Étranger.
 
Superbe Courage,
Qui ne crains Orage,
Foudre, ni Tempête,
À ton fier Marcher
Tu sembles toucher
Les Cieux de la Tête.
 
Mais ta voile enflée
De faveur soufflée
Mets hardiment bas,
Le ciel variable
Toujours amiable
Ne te sera pas.
 
Quoi donc ? ne sais-tu,
Qu’un Buisson battu
Moins est du Tonnerre,
Qu’un haut Chêne, ou Tremble,
Ou qu’un Mont, qui semble
Dépriser la Terre ?
 
Ami, qui pour vivre
Des ennuis délivre,
Que la Cour procure
T’es venu ranger
Comme un Étranger,
En la Tourbe obscure.
 
Ne regrette point
L’ambitieux point
De cette faveur.
Le Ciel favorable
D’un plus honorable
T’a fait receveur.
 
De Ronsard le Nom
Ne soit en Renom
Par le Populaire :
Ami, tu es tel,
Que rien, qu’Immortel,
Ne te pourrait plaire.
 
Laisse aux Courtisans
Les soucis cuisants :
Ne soit Curieux
Des biens acquérir,
Ou de t’enquérir
Du secret des Dieux.
 



Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Rоnsаrd : «J’аvаis, еn rеgаrdаnt tеs bеаuх уеuх, еnduré...»

Viаu : Épigrаmmе d’un impuissаnt

Lа Villе dе Μirmоnt : «Jе suis un êtrе dе sаng frоid...»

Régniеr : Juliе аuх уеuх d’еnfаnt

Sаint-Αmаnt : «Vоiсi lе rеndеz-vоus dеs Εnfаnts sаns sоuсi...»

Сrоs : L’Hеurе frоidе

Rimbаud : Μа Βоhèmе

Rimbаud : Οphéliе

Vеrlаinе : Νеvеrmоrе : «Sоuvеnir, sоuvеnir, quе mе vеuх-tu ?...»

Vеrlаinе : Μоn rêvе fаmiliеr

☆ ☆ ☆ ☆

Сhrеtiеn dе Τrоуеs

Sсаrrоn : Сhаnsоn à bоirе

Саrсо : Βоhèmе

Αpоllinаirе : «Lа nudité dеs flеurs с’еst lеur оdеur сhаrnеllе...»

Ρоnсhоn : Sоnnеt à Сhеvrеul

Μоlièrе : À Μоnsiеur Lе Vауеr, sur lа Μоrt dе sоn Fils

Lе Μоuël : «À lа sаintе, mаrtуrе еt viеrgе...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Αllаrd : Αu dеrniеr сiеl

Gеоrgin : Τristеssе аu bоrd dе l’еаu

Cоmmеntaires récеnts

De Сrаpаudinе sur «Ô сritiquе du јоur, сhèrе mоuсhе bоvinе...» (Μussеt)

De Lа Μusérаntе sur «Vоiсi lе rеndеz-vоus dеs Εnfаnts sаns sоuсi...» (Sаint-Αmаnt)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt à Сhеvrеul (Ρоnсhоn)

De Сосhоnfuсius sur «Lеntеmеnt, dоuсеmеnt, dе pеur qu’еllе sе brisе...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Suzаnnе m’éсоutаit sоupirеr pоur Diаnе...» (Αubigné)

De Сurаrе- sur Sоnnеt pоur un Τаblеаu sаns légеndе (Lоuvigné du Dézеrt)

De Lа Μusérаntе sur «Lösсh mir diе Αugеn аus...» (Rilkе)

De Vinсеnt sur Lа Νосе à Gоnеssе (Fоrt)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

De Τоtо28 sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

De Lа Μusérаntе sur «Jе vis mа Νуmphе еntrе сеnt dаmоisеllеs...» (Rоnsаrd)

De Αzuré dе lа fаuсillе sur Соntrе lа јаlоusiе (Urfé)

De Vinсеnt sur Lеs Βiеnfаits dе lа nuit (Rоllinаt)

De Siхtе sur «D’un оutrаgеuх соmbаt...» (Αubigné)

De lасоtе sur «Jе sаis biеn qu’оn dirа quе је suis témérаirе...» (Βirаguе)

De mdrlоl sur Lеs Léprеuх (Βеrtrаnd)

De Vinсеnt sur Ρаrsifаl (Vеrlаinе)

De vinсеnt sur «Un pеu dеvаnt quе l’аubе аmеnât lа јоurnéе...» (Gоdаrd)

De Ρiеrrоt sur «Sеs purs оnglеs très hаut dédiаnt lеur оnух...» (Μаllаrmé)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе