Du Bellay

Les Regrets, 1558



France, mère des arts, des armes et des lois,
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,
Je remplis de ton nom les antres et les bois.
 
Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds à ma triste querelle.
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
 
Entre les loups cruels j’erre parmi la plaine,
Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine
D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
 
Las, tes autres agneaux n’ont faute de pâture,
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 21 novembre 2019 à 12h45

Que les loups se privent de vent
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De l’implacable hiver nous connaissons les lois,
Et des quatre saisons l’alternance éternelle ;
Les loups, quand ils ont faim, ne grognent ni n’appellent,
Il avancent, pensifs, vers le fond des grands bois.

Un corbeau magicien les nourrit quelquefois,
Mais le reste du temps, la nature est cruelle ;
Or, ces vieux loups entre eux n’ont aucune querelle,
Ils parlent de leur sort sans élever la voix.

On les voit, certains jours, errer parmi la plaine
Qu’ils réchauffent un peu, de leur brûlante haleine,
Ces carnassiers n’ayant que les os et la peau.

Plusieurs d’entre eux mourront par faute de pâture,
Abandonnant leur corps à la blanche froidure ;
Les autres tenteront d’attaquer un troupeau.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Vincent le 24 novembre 2019 à 21h01

Chaton adopté

Tout juste abandonné, en dépit de la loi,
Alors qu’il ne peut pas se passer de mamelles,
Un chaton apeuré et affamé, appelle ;
Son miaulement plaintif s’entend dans tout le bois.

Une sorcière âgée, aussi sans loi ni foi
(La femme est réputée pour être fort cruelle,
Malheur aux inconscients qui lui cherchent querelle),
Enfourche son balai et vole vers la voix.

En vue d’une potion contre une châtelaine,
Qui lui a reproché d’avoir mauvaise haleine,
Elle le prend à bord en saisissant sa peau.

Mais l’engin, au retour, choit dans une pâture,
Lui, seul, survit au crash, il lèche ses blessures,
Puis des vaches l’allaitent au cœur de leur troupeau.

[Lien vers ce commentaire]

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