Rémy Belleau


Impuissance


 
Quel désastre nouveau, quel étrange malheur
Me brasse le destin, me banissant de l’heur
Dont je pouvais jouir cette nuit près de celle
Qui brûle comme moi d’une amour naturelle ?
 
Hé quoi ! tenant ma langue entre l’ivoire blanc
De sa bouche de baume, enté flanc contre flanc,
Voyant du beau Printemps les richesses écloses,
Dessus son large sein les œillets et les roses,
Un tétin ferme et rond en fraise aboutissant,
Un crêpe d’or frisé sur un teint blanchissant,
Un petit mont, feutré de mousse délicate,
Tracé sur le milieu d’un filet d’écarlate,
Sous un ventre arrondi, grasselet, potelé ;
Un petit pied mignard bien fait et bien moulé,
Une grève, un genouil, deux fermes rondes cuisses,
De l’amoureux plaisir les plus rares délices ;
Un doux embrassement de deux bras gras et longs,
Mille tremblants soupirs, mille baisers mignons,
Mon v.. fait le poltron étant en même sorte
Qu’un boyau replié de quelque chèvre morte !
Bref, il reste perclus, morne, lâche et faquin,
Comme un drapeau mouillé ou un vieil brodequin,
Baigné, trempé de l’eau, comme si la tempête
Eût voulu triompher des honneurs de ma tête.
Frappé d’un mauvais vent, je demeure sans cœur,
Flac, équené, transi, sans force et sans vigueur.
Qu’est devenu ce v.. à la pointe acérée ?
V.. rougissant ainsi que la crête pourprée
Qui couronne, flottant, le morion d’un coq ;
Roide, entrant tout ainsi que la pointe d’un soc
Qui se plonge et se cache en toute terre grasse,
Jusqu’aux couillons, ce v.. était enflé d’audace,
Écumant de colère et de fumante ardeur ;
Ce v.. comme un limier qui de flairante odeur
Suivait le trac d’un c.. ; v.. de bonne espérance,
Toujours gonflé d’orgueil et gorgé de semence,
Et qui pour galoper ne faisait du rétif,
Mais maintenant, ô Dieux, est couard et craintif.
 
Donc, pour te faire arcer, mon v.., il te faut ores
Une vieille à deux dents qui  se souvienne encores
De Jeanne la Pucelle ; à qui l’entrefesson
Sans enflure, sans poil, soit gelé de frisson
Et si peu fréquenté qu’on sente de la porte
Un relent vermoulu, une peau déjà morte
Entrouvrant tout ainsi qu’un sépulcre cendreux,
Béant sur le portail, tout rance et tout poudreux,
Où pende, pour trophée et pour belles enseignes,
Un vieux crêpe tissu des lèvres des araignes ;
Un c.. baveux, rogneux, landieux et peautreux,
Renfrogné, découpé, marmiteux et chancreux ;
Tel c.. sera pour toi, afin de mettre au plonge,
Dans l’abîme profond, ce nerf qui ne s’allonge
Et qui ne dresse point, glissant comme un poisson
Qui frétille, goulu, autour de l’hameçon,
Mais qui jamais ne prend amorce à la languette ;
Une tripe, une peau, une savate infecte,
Rebouchant, remoussé, et pliant de façon
Que fait contre l’acier une lame de plomb ;
Brave sur le rempart et couard à la brèche,
Un canon démonté sans amorce et sans mèche,
Un manche sans marteau, un mortier sans pilon,
Un navire sans mât, boucle sans ardillon,
Un arc toujours courbé et qui jamais ne bande,
Un nerf toujours lâché et qui jamais ne tende.
Il faut donc pour ce v.. un grand c.. vermoulu,
Un c.. démesuré qui dévore, goulu,
La tête et les ....llons pour le mettre en curée,
Un c.. toujours puant comme vieille marée ;
Tel c.. sera pour toi, puisqu’un autre plus beau
Ne peut faire roidir cette couarde peau.
Adieu, et jamais plus ne t’avienne entreprendre
De faire le raillant, toi qui ne saurait tendre ;
Adieu, contente-toi, et ne pouvant dresser,
Que le boyau ridé te serve de pisser.
 

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