Antoine de Bertin

Les Amours, 1780


À Eucharis


 
Le Ciel, hélas ! veut venger mes injures ;
Le Ciel punit ton infidélité :
Tu perds déjà ta fraîcheur, ta beauté,
Ton doux éclat, et ces cheveux parjures
Dont l’or superbe enivrait ta fierté.
Combien de fois je t’avais prévenue :
« Mon Eucharis, fuis les jeunes amants ;
« Sois dans tes mœurs discrète, retenue ;
« Ne perds jamais ta pudeur ingénue,
« Et garde-toi d’oublier tes serments !
« Il est des Dieux : si tu trahis ma flamme,
« À leurs regards ne crois pas échapper ;
« Il est des Dieux qu’on ne saurait tromper.
« Tremble, Eucharis ! ils lisent dans ton âme,
« Et puniront d’un éternel regret
« Le seul transport d’un désir indiscret. »
 
Je te l’ai dit ; et je me souviens même
Qu’en le disant, les yeux de pleurs noyés,
Je te serrais, dans mon désordre extrême,
Les deux genoux, et baisais tes deux pieds.
 
Alors, alors tu jurais, ô ma vie !
Que nul amant ne tenterait ta foi ;
Et qu’à moi seul ta jeunesse asservie
Refuserait même le cœur d’un roi,
Quand son amour, aux deux bords de la Loire,
De vingt châteaux doterait tes appas ;
Quand, te couvrant des rayons de sa gloire,
Du lit au trône il conduirait tes pas.
 
Avec ces mots, dans la nuit la plus noire,
Ton art divin me ferait voir les cieux.
Bien plus : des pleurs, s’échappant de tes yeux,
Mouillaient ta joue et parcouraient tes charmes.
Que je rougis de ma simplicité !
Oui, tu pleurais ; et moi, tout agité,
Contre moi-même en secret irrité,
Je m’en voulais de causer tes alarmes ;
Crédule, hélas ! et j’essuyais tes larmes.
 
C’en est donc fait : ta main brise nos fers.
En me quittant tu ris encor, traîtresse !
Songe du moins aux maux que j’ai soufferts
Pour retenir ta volage tendresse.
Tu le sais bien : ton esclave amoureux
N’a redouté ni les vents, ni la pluie,
Ni le soleil, ni le froid rigoureux,
Ni les torrents roulant des rocs affreux,
Ni Jupiter sous un ciel en furie.
Et qui, dis-moi, célébra ta beauté ?
Paris encore est plein de mon délire :
Sept ans entiers j’ai chanté sur ma lyre
Et ta constance et ma félicité.
En te voyant, si la foule soupire,
Si tous les cœurs te décernent l’empire
Des déités, reines de l’univers,
Ingrate, hélas ! tu le dois à mes vers.
Oui, je voudrais dans la flamme rapide
Anéantir ces vers adulateurs ;
Oui, je voudrais que l’océan avide
Eût englouti mes écrits imposteurs.
On connaîtra malgré moi l’infidèle :
Vainqueur du temps, son nom vivra toujours,
On oubliera qu’elle a troublé mes jours,
Et les amants ne parleront que d’elle.
 

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаïf : «Αfin quе pоur јаmаis...»

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Νеrvаl : Εl Dеsdiсhаdо

Rimbаud : Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir

Αјаlbеrt : Ρеtitеs оuvrièrеs

Τоulеt : «Sur l’осéаn соulеur dе fеr...»

Βаtаillе : Lеs Sоuvеnirs

Rоnsаrd : «Lе Сiеl nе vеut, Dаmе, quе је јоuissе...»

Μаgnу : «Αnnе, је vоus suppliе, à bаisеr аpprеnеz...»

☆ ☆ ☆ ☆

Fоurеst : Rеnоnсеmеnt

Lаfоrguе : Сélibаt, сélibаt, tоut n’еst quе сélibаt

Lе Μоinе : L’Îlе du Ρlаisir

Lеfèvrе-Dеumiеr : Lеs Сhеmins dе Fеr

Сеndrаrs : Соmplеt blаnс

Lоrrаin : Соquinеs

Gаutiеr : Lе Jаrdin dеs Ρlаntеs : «J’étаis pаrti, vоуаnt lе сiеl...»

Βérоаldе : Αdiеu : «Jе vеuх sеul, éсаrté, оrеs dаns un bосаgе...»

Sаmаin : Αutоmnе

Сrоs : Libеrté

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Αu sеignеur Сhristоphlе Ρlаntin (Lе Fèvrе dе Lа Βоdеriе)

De Сосhоnfuсius sur Lа Βlаnсhе Νеigе (Αpоllinаirе)

De Сосhоnfuсius sur «Vа pаr lеs саrrеfоurs dеs plасеs désоléеs...» (Сhаssignеt)

De Сurаrе- sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Τоurniсоti-tоurniсоt sur Αu Саbаrеt-Vеrt, сinq hеurеs du sоir (Rimbаud)

De соmmеntаtеur sur L’Αnсоliе (Sоulаrу)

De tRΟLL sur Lа Βеllе Guеusе (Τristаn L'Hеrmitе)

De L’âmе аuх ninаs sur À lа Βrеtаgnе (Сhаpmаn)

De Сurаrе- sur «Dоulсin, quаnd quеlquеfоis је vоis сеs pаuvrеs fillеs...» (Du Βеllау)

De Fоllоwеur sur «Jе vоis millе bеаutés, еt si n’еn vоis pаs unе...» (Rоnsаrd)

De Εsprit dе сеllе sur «Jе rеgrеttе еn plеurаnt lеs јоurs mаl еmplоуés...» (Dеspоrtеs)

De Ρоr’d’âmе sur Ρlus tаrd (Μusеlli)

De Сurаrе- sur «Βаrquе, qui vаs flоttаnt sur lеs éсuеils du mоndе...» (Duplеssis-Μоrnау)

De Сhr... sur Αu Соllègе (Évаnturеl)

De Vinсеnt sur À unе Villе mоrtе (Hеrеdiа)

De Μоrin dе Βlаnquеfоrt sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Fоrаin dе Βlаnсhеmоr sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Jеhаn Çètоù sur Lе Τаlismаn (Νеlligаn)

De Αrаmis sur L’Hоspitаlité (Fаbrе d'Églаntinе)

De Αrаmis sur Μоrt d’un аutrе Juif (Μоrаnd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе