Antoine de Bertin

Les Amours, 1780



C’en est fait, et mon âme émue
Ne peut plus oublier ses traits victorieux.
  Dieux ! quel objet ! Non, jamais sous les cieux
  Rien de si doux ne s’offrit à ma vue.
      Dans ce jardin si renommé,
Où l’Amour vers le soir tient sa cour immortelle,
De cent jeunes beautés elle était la plus belle ;
Elle effaçait l’éclat du couchant enflammé.
Un peuple adorateur, que ce spectacle appelle,
S’ouvrait à son approche interdit et charmé.
Elle marchait, traînant tous les cœurs après elle,
Et laissait sur ses pas l’air au loin embaumé.
Je voulus l’aborder. Ô funeste présage !
Ma voix, mon cœur, mes yeux, parurent se troubler ;
La rougeur, malgré moi, colora mon visage ;
Je sentis fuir mon âme, et mes genoux trembler.
Cependant, entraîné dans la lice éclatante
Où toutes nos beautés, conduites par l’Amour,
De parure et d’attraits disputent tour-à-tour,
Mes regards dévoraient et sa taille élégante,
Et de son cou poli la blancheur ravissante,
      Et, sous la gaze transparente,
D’un sein voluptueux la forme et le contour.
Au murmure flatteur de sa robe ondoyante,
  Je tressaillais ; et l’aile des Zéphyrs,
En soulevant l’écharpe à son côté flottante,
Au milieu des parfums m’apportait les désirs.
      Que dis-je ? L’Amour, l’Amour même...
      Quel enfant ! Oui, j’ai cru le voir,
Se mêlant dans la foule, à la faveur du soir,
M’exciter, me pousser par un pouvoir suprême,
Remplir mon cœur ému d’un séduisant espoir,
Secouer son flambeau sur la Nymphe qu’il aime,
Et sous l’ombrage épais, dans un désordre extrême,
À mes côtés enfin la forcer de s’asseoir.
Ô plaisir ! ô transports ! ô moment plein de charmes !
      Quel feu tendre animait ses yeux !
Déjà d’un cœur timide, étonné de ses feux,
Son silence expliquait les naïves alarmes ;
Mais bientôt un soupir me les raconta mieux,
Et je sentis mes doigts humectés de ses larmes.
Quel son de voix alors, touchant, délicieux,
      Sortit de ses lèvres de rose !
Et quels discours ! Zéphyre en retint quelque chose,
Et le porta soudain à l’oreille des Dieux.
Depuis ce temps je brûle : aucun pavot n’apaise
Les douleurs d’un poison lent à me dévorer.
La nuit, sur le duvet, je me sens déchirer ;
Le plus léger tapis m’importune et me pèse,
Et mes yeux sont, hélas ! toujours prêts à pleurer.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Jаmmеs : Ρrièrе pоur dеmаndеr unе étоilе

Hеrеdiа : Épigrаmmе funérаirе

Rоnsаrd : «L’аutrе јоur quе ј’étаis sur lе hаut d’un dеgré...»

Hugо : «Ιl lui disаit : Vоis-tu, si tоus dеuх nоus pоuviоns...»

Riсhеpin : Lа Flûtе

Lа Fоntаinе : Lа Сigаlе еt lа Fоurmi

Οrléаns : «Lе tеmps а lаissé sоn mаntеаu...»

Μаrоt : Dе sоi-mêmе

Rоnsаrd : «Μignоnnе, аllоns vоir si lа rоsе...»

Rоnsаrd : «Quаnd vоus sеrеz biеn viеillе, аu sоir à lа сhаndеllе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Αpоllinаirе : «Αmi, је vоus éсris du fоnd d’unе саntinе...»

Jаmmеs : Lе pаuvrе сhiеn

Ρоnсhоn : Сhаnsоn dе lа Μоrt

Sаmаin : Lеs Sirènеs

Lаfоrguе : Fаrсе éphémèrе

Νоuvеаu : «Si nоus étiоns mоrts quаnd nоus étiоns mômеs...»

Lаutréаmоnt : «Unе pоtеnсе s’élеvаit sur lе sоl...»

Flаuх : Lеs Jеunеs Fillеs dе Stосkhоlm

Lоrrаin : Sеignеurs

Μаеtеrlinсk : «Lеs trоis sœurs оnt vоulu mоurir ...»

Cоmmеntaires récеnts

De Jаdis sur Lе Ρhоquе (Hеrvillу)

De Сосhоnfuсius sur «Τаndis quе је mе plаins, à l’оmbrе dе сеs bоis...» (Μаgnу)

De Jаdis sur «Ρоur vоus sеrvir...» (Vоiturе)

De Сосhоnfuсius sur Lеs Τrаins (Vеrhаеrеn)

De Jаdis sur «Μаis qui vоus mеut, Sеignеur, dе sоrtir à сеttе hеurе...» (Lа Сеppèdе)

De Сосhоnfuсius sur «Сеlui qui dе plus près аttеint lа déité...» (Du Βеllау)

De Τhundеrbird sur Αrums dе Ρаlеstinе (Viviеn)

De Αdа еn Hérаldiе sur «Hélаs ! mеs tristеs уеuх sоnt сhаngés еn fоntаinеs...» (Βirаguе)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Сhristiаn sur Αu lесtеur (Μurgеr)

De Τhundеrbird sur «Εntrе tоus lеs hоnnеurs dоnt еn Frаnсе еst соnnu...» (Du Βеllау)

De Αrсhivistе sur Lе Μénétriеr (Μеrrill)

De Vinсеnt sur Μаlgré tоut (Сrоs)

De Αdа еn Hérаldiе sur Αntоinе еt Сléоpâtrе (Hеrеdiа)

De Αdа еn Hérаldiе sur Lе Суgnе (Vаlérу)

De Un mаndаrin sur Lе Соrbеаu еt lе Rеnаrd (Lа Fоntаinе)

De Сurаrе- sur «À lа nuе ассаblаntе tu...» (Μаllаrmé)

De Εsprit dе сеllе sur «L’оisеаu dоnt l’Αrаbiе а fаit si grаndе fêtе...» (Lа Сеppèdе)

De Un lесtеur sur «L’аrbrе qui mеt à сrоîtrе, а lа plаntе аssuréе...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur Sur unе Сhutе саuséе pаr un béliеr (Соllеtеt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе