Francis Carco

Poèmes en proses


Hymne

Le paysage étend ses lignes sensibles au large azur qui choit des cieux. Quel beau soleil baise les versants ! Les courbes évoluent sous la lumière qui les contient pour ne pas troubler un ordre aussi pur. Mais le flot arrondi des luzernes arrive jusqu’à la plaine féconde et grasse. Il sourd, frangé d’une mince écume de haies en fleurs, et fermente, adoré par les brises. La rivière s’arrête sous les hauts peupliers des bords. Son eau pénètre la terre immobile et sacrée.

— Je porte en moi des destinées éternelles comme cette terre magnifique. Rivages battus par l’océan, prairies calmes, montagnes et fleuves, j’ai votre simplicité. Vos attitudes — orgueil serein — sont les bornes de mon instinct. Ah ! n’est-ce pas assez de vous avoir drapés comme une flamme sur mes reins, et que mon visage vous traduise avec ses yeux gavés d’azur, ma bouche qui respire et mes joues qui sont mon être vivant et charnel ? La sève est forte comme l’alcool, je sais ! L’amour tourmente mes flancs et me laboure d’élancements obscurs, c’est bien. Mais je vous tiens dans mon regard et si je veux arrêter mon souffle court, sur mes dents, vous criez et vous êtes affolés d’une épouvante mortelle.

La voilà donc l’horreur qui vous commande d’être à genoux devant moi. Je ne vous accorde que les libertés d’esclave. Et si, sur la paille éblouie d’une meule, je trousse une fille, ce sera mon suprême triomphe. Vous êtes cette fille qu’on viole, et je vous vois tourner dans mes prunelles brouillées, — car vous jouissez où je me vautre.


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