Jean-Baptiste Chassignet

Le Mépris de la vie et consolation contre la mort, 1594



Compte les ans, les mois, les heures et les jours
Et les points de ta vie, et me dis malhabile,
Où ils s’en sont allés : comme l’ombre fragile
Ils se sont écoulés sans espoir de retour.
 
Nous mourons et nos jours roulent d’un vite cours
L’un l’autre se poussants comme l’onde labile
Qui ne retourne point, mais sa course mobile
D’une même roideur précipite toujours.
 
Toujours le temps s’enfuit et n’est point réparable
Quand il est dépensé en œuvre dommageable,
L’usant et consumant en travail superflus,
 
Nos jours ne sont sinon qu’une petite espace
Qui vole comme vent, un messager qui passe
Pour sa commission et ne retourne plus.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 15 juillet 2013 à 15h46

Faire que chaque instant vibre, comme éternel ;
Flotter au fil du vent comme au ciel un nuage,
C’est de l’esprit humain le plus bel apanage
Dont il fait profiter son compagnon charnel.

Pas besoin pour cela de vieux calculs formels.
Juste fixer les yeux sur une belle image,
N’importe le format, portrait ou paysage,
Et suspendre le temps est un jeu naturel.

J’entends, tu me diras que c’est une illusion,
L’homme dans l’éternel ne peut faire intrusion,
Ce jeu n’arrête pas l’horloge meurtrière.

Laissez-moi y plonger, malgré tout, mon esprit.
Lorsqu’un homme médite, ou qu’il chante, ou qu’il rit,
Son âme est hors du temps et de la fourmilière.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 14 mai 2020 à 12h15

Oiseau-Boomerang
------------

C’est un oiseau magique, invisible en plein jour,
À parcourir l’espace on dit qu’il est habile ;
Il est fort délicat, mais il n’est pas fragile,
À peine s’en va-t-il qu’on le voit de retour.

Loin des lieux habités ses jours suivent leur cours,
Il cherche son plaisir sans se faire de bile ;
Cet habitant de l’air n’est jamais immobile,
Vers d’autres horizons il s’éloigne toujours.

La Fontaine sur lui n’écrivit nulle fable,
N’ayant point observé son parcours ineffable ;
Et nous le regrettons, ça nous aurait bien plu.

Donne-toi du bon temps, passager de l’espace,
Aucun observateur ne sait par où tu passes
On te croit quelque part, pourtant tu n’y es plus.

[Lien vers ce commentaire]

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