André Chénier



 
Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères
Chacun d’un front serein déguise ses misères.
Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui
Envie un autre humain qui se plaint comme lui.
Nul des autres mortels ne mesure les peines,
Qu’ils savent tous cacher comme il cache les siennes ;
Et chacun, l’œil en pleurs, en son cœur douloureux
Se dit : « Excepté moi, tout le monde est heureux. »
Ils sont tous malheureux. Leur prière importune
Crie et demande au ciel de changer leur fortune.
Ils changent ; et bientôt, versant de nouveaux pleurs,
Ils trouvent qu’ils n’ont fait que changer de malheurs.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 juillet 2013 à 10h40


La rose au long du jour contemple l’hirondelle
Et rêve de voler au soleil de l’été.
L’oiseau envie la fleur qui au sol peut rester,
Faisant l’objet des soins d’un jardinier fidèle.

Chacune croit que l’autre a une vie plus belle
Et sur son propre sort semble se lamenter,
La fleur qui ne peut pas du sol se déplanter,
L’oiseau car il lui faut voler à tire d’aile.

Quiconque est solitaire aimerait des étreintes,
Celui qui vit en couple en subit les contraintes,
Et chacun d’envier d’un autre humain le sort.

Mais il vient à la fin le moment où s’apaisent
Ces désirs obsédants qui sur nos âmes pèsent :
Aucune fleur fanée n’envie un oiseau mort.

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Déposé par Jadis le 14 janvier 2020 à 12h18


Où qu’on aille, où qu’on soit, partout ils prolifèrent,
Abritant mollement sous leurs cache-misère        
Et sous leurs grands chapeaux leur éternel ennui
Qui croît tragiquement lorsque approche la nuit.
Ils déclament sans âme, égrenant à grand peine
Leurs vers ingrats devant les foules béotiennes
Qui bâillent de bon cœur aux versets poussiéreux
De ces traîne-patins et de ces songe-creux.
Que ce soit à Maubeuge ou encore à Béthune,
Ils nous vendent toujours le même clair de lune ;
Et malgré leurs grands airs et leurs noms racoleurs,
Ces poètes ne sont qu’un tas de gros branleurs.

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