Paul Claudel


Ballade


 
Les négociateurs de Tyr et ceux-là qui vont à leurs affaires aujourd’hui sur l’eau dans de grandes imaginations mécaniques,
Ceux que le mouchoir par les ailes de cette mouette encore accompagne quand le bras qui l’agitait a disparu,
Ceux à qui leur vigne et leur champ ne suffisaient pas, mais Monsieur avait son idée personnelle sur l’Amérique,
Ceux qui sont partis pour toujours et qui n’arriveront pas non plus,
Tous ces dévoreurs de la distance, c’est la mer elle-même à présent qu’on leur sert, penses-tu qu’ils en auront assez ?
Qui une fois y a mis les lèvres ne lâche point facilement la coupe :
Ce sera long d’en venir à bout mais on peut tout de même essayer.
      Il n’y a que la première gorgée qui coûte.
 
Équipages des bâtiments torpillés dont on voit les noms dans les statistiques,
Garnisons des cuirassés tout à coup qui s’en vont par le plus court à la terre,
Patrouilleurs de chalutiers poitrinaires, pensionnaires de sous-marins ataxiques,
Et tout ce que décharge un grand transport pêle-mêle quand il se met la quille en l’air,
Pour eux tous voici le devoir autour d’eux à la mesure de cet horizon circulaire.
C’est la mer qui se met en mouvement vers eux, plus besoin d’y chercher sa route.
Il n’y a qu’à ouvrir la bouche toute grande et à se laisser faire :
      Il n’y a que la première gorgée qui coûte.
 
Qu’est-ce qu’ils disaient, la dernière nuit, les passagers des grands transatlantiques,
La nuit même avant le dernier jour où le sans-fil a dit : « Nous sombrons ! »
Pendant que les émigrants de troisième classe là-bas faisaient timidement un peu de musique
Et que la mer inlassablement montait et redescendait à chaque coupée du salon ?
« Les choses qu’on a une fois quittées, à quoi bon leur garder son cœur ?
Qui voudrait que la vie recommence quand il sait qu’elle est finie toute ?
Retrouver ceux qu’on aime serait bon, mais l’oubli est encore meilleur :
      Il n’y a que la première  gorgée qui coûte.
 
 

Envoi


 
Rien que la mer à chaque côté de nous, rien que cela qui monte et qui descend !
Assez de cette épine continuelle dans  le cœur, assez de ces journées goutte à goutte !
Rien que la mer étemelle pour toujours, et tout à la fois d’un seul coup ! la mer et nous sommes dedans !
      Il n’y a que la première  gorgée qui coûte.
 

En mer, janvier 1917

©  

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