Paul Claudel

Connaissance de l'Est, 1907


Le Porc

Je peindrai ici l’image du Porc.

C’est une bête solide et tout d’une pièce ; sans jointure et sans cou, ça fonce en avant comme un soc. Cahotant sur ses quatre jambons trapus, c’est une trompe en marche qui quête, et toute odeur qu’il sent, y appliquant son corps de pompe, il l’ingurgite. Que s’il a trouvé le trou qu’il faut, il s’y vautre avec énormité. Ce n’est point le frétillement du canard qui entre à l’eau, ce n’est point l’allégresse sociable du chien ; c’est une jouissance profonde, solitaire, consciente, intégrale. Il renifle, il sirotte, il déguste, et l’on ne sait s’il boit ou s’il mange ; tout rond, avec un petit tressaillement, il s’avance et s’enfonce au gras sein de la boue fraîche ; il grogne, il jouit jusque dans le recès de sa triperie, il cligne de l’œil. Amateur profond, bien que l’appareil toujours en action de son odorat ne laisse rien perdre, ses goûts ne vont point aux parfums passagers des fleurs ou de fruits frivoles ; en tout il cherche la nourriture : il l’aime riche, puissante, mûrie, et son instinct l’attache à ces deux choses, fondamental : la terre, l’ordure.

Gourmand, paillard, si je vous présente ce modèle, avouez-le : quelque chose manque à votre satisfaction. Ni le corps ne se suffit à lui-même, ni la doctrine qu’il nous enseigne n’est vaine. « N’applique point à la vérité l’œil seul, mais tout cela sans réserve qui est toi-même. » Le bonheur est notre devoir et notre patrimoine. Une certaine possession parfaite est donnée.

— Mais telle que celle qui fournit à Enée des présages, la rencontre d’une truie me paraît toujours augurale, un emblème politique. Son flanc est plus obscur que les collines qu’on voit au travers de la pluie, et quand elle se couche, donnant à boire au bataillon de marcassins qui lui marche entre les jambes, elle me paraît l’image même de ces monts que traient les grappes de villages attachées à leurs torrents, non moins massive et non moins difforme.

Je n’omets pas que le sang de cochon sert à fixer l’or.


©  

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βаnvillе : «Sсulptеur, сhеrсhе аvес sоin...»

Siеfеrt : Rêvеs, аnхiétés, sоupirs

Sаtiе : Lе Ρiсniс

Νеrvаl : Ρоlitiquе

Viviеn : Εllе pаssе

Viviеn : Sоis Fеmmе...

Gérаrd : Lеs Саnаrds

Lесоntе dе Lislе : Ιn ехсеlsis

☆ ☆ ☆ ☆

Lаutréаmоnt : «Jе сhеrсhаis unе âmе qui mе rеssеmblât...»

Βаudеlаirе : Lа Vоiх

Frаnс-Νоhаin : Sоlliсitudеs

Sullу Ρrudhоmmе : Lеs Сhаînеs

Vеrlаinе : À Μоnsiеur еt Μаdаmе Τ.

Fаnсhу : Αllоns аu bоis

Rоllinаt : Lе Соnvоi funèbrе

Jаmmеs : Dаns l’аubеrgе fumеusе...

Αpоllinаirе : Εnfаnсе

Sаmаin : Lе Rеpаs prépаré

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Βlаsоn сélеstе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «Οr, dis-је biеn, mоn еspérаnсе еst mоrtе...» (Lа Βоétiе)

De Сосhоnfuсius sur «Сеllе quе Ρуrrhе еt lе Μаrs dе Libуе...» (Du Βеllау)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

De Сurаrе- sur Τhérаpеutiquе (Μénаrd)

De Jаdis sur Соmpаrаisоn du Ρhéniх (Jаmуn)

De Jаdis sur Stаnсеs sur mоn јаrdin dе Βоuсhеrvillе (Quеsnеl)

De Εsprit dе сеllе sur Ρоur un аmi (Sаintе-Βеuvе)

De Lеwis Ρ. Shаnks sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

De Τh. dе Viаu sur Lеs trоis hуmnеs primitifs (Sеgаlеn)

De Сосhоnnе Furius sur Sоnnеt : «J’аi pеur dе lа fеmmе qui dоrt...» (Сrоs)

De сindrеl sur Βаllаdе dе l’аrbrе d’аmоur (Сhаrtiеr)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе