Paul Claudel

Connaissance de l'Est, 1907


Octobre

C’est en vain que je vois les arbres toujours verts.

Qu’une funèbre brume l’ensevelisse, ou que la longue sérénité du ciel l’efface, l’an n’est pas d’un jour moins près du fatal solstice. Ni ce soleil ne me déçoit, ni l’opulence au loin de la contrée ; voici je ne sais quoi de trop calme, un repos tel que le réveil est exclu. Le grillon à peine a commencé son cri qu’il s’arrête ; de peur d’excéder parmi la plénitude qui est seul manque du droit de parler, et l’on dirait que seulement dans la solennelle sécurité de ces campagnes d’or il soit licite de pénétrer d’un pied nu. Non, ceci qui est derrière moi sur l’immense moisson ne jette plus la même lumière, et selon que le chemin m’emmène par la paille, soit qu’ici je tourne le coin d’une mare, soit que je découvre un village, m’éloignant du soleil, je tourne mon visage vers cette lune large et pâle qu’on voit pendant le jour.

Ce fut au moment de sortir des graves oliviers, où je vis s’ouvrir devant moi la plaine radieuse jusqu’aux barrières de la montagne, que le mot d’introduction me fut communiqué. O derniers fruits d’une saison condamnée ! dans cet achèvement du jour, maturité suprême de l’année irrévocable. C’en est fait.

Les mains impatientes de l’hiver ne viendront point dépouiller la terre avec barbarie. Point de vents qui arrachent, point de coupantes gelées, point d’eaux qui noient. Mais plus tendrement qu’en mai, ou lorsque l’insatiable juin adhère à la source de la vie dans la possession de la douzième heure, le Ciel sourit à la Terre avec un ineffable amour. Voici, comme un cœur qui cède à un conseil continuel, le consentement ; le grain se sépare de l’épi, le fruit quitte l’arbre, la Terre fait petit à petit délaissement à l’invincible solliciteur de tout, la mort desserre une main trop pleine ! Cette parole qu’elle entend maintenant est plus sainte que celle du jour de ses noces, plus profonde, plus tendre, plus riche : C’en est fait ! L’oiseau dort, l’arbre s’endort dans l’ombre qui l’atteint, le soleil au niveau du sol le couvre d’un rayon égal, le jour est fini, l’année est consommée. À la céleste interrogation, cette réponse amoureusement C’en est fait est répondue.


©  

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Sаint-Ρоl-Rоuх : Rоsсаnvеl

Lа Μоnnоуе : Lе Βоn Μénаgеr

Sаmаin : Lа Vасhе

Βruаnt : Lеs Lоupiоts

Соrbièrе : Çа ?

Rоllinаt : L’Ιdiоt

Rоllinаt : Lа Βаignеusе : «Αu fоnd d’unе bаignоirе еllе аdmirе sеs hаnсhеs...»

Fréminе : «Νоus buviоns du Sаutеrnе еt nоus mаngiоns dеs huîtrеs...»

Fréminе : «Νоus buviоns du Sаutеrnе еt nоus mаngiоns dеs huîtrеs...»

Τоulеt : «Ρuisquе tеs јоurs nе t’оnt lаissé...»

☆ ☆ ☆ ☆

Hоudаr dе Lа Μоttе : Lеs Αmis trоp d’ассоrd

Gаlоу : Lа Sоurсе

Gоudеаu : Lа Rоndе du rеmоrds

Vеrlаinе : «Lа “grаndе villе”. Un tаs сriаrd dе piеrrеs blаnсhеs...»

Vоltаirе : Lе Μоndаin

Jаmmеs : Τu sеrаis nuе sur lа bruуèrе

Rоllinаt : Lе Dоutе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Сhеf, éсоlе dеs аrts, lе séјоur dе sсiеnсе...» (Rоnsаrd)

De Jаdis sur Dоuсеur du sоuvеnir (Rоdеnbасh)

De Сосhоnfuсius sur «L’hоmmе qui gît еn се liеu...» (Μауnаrd)

De Jаdis sur «Αu Τеmplе quе bâtit lе Rоi pаisiblе еt sаgе...» (Lе Fèvrе dе Lа Βоdеriе)

De Сосhоnfuсius sur Εllе соupе lа têtе à Hоlоphеrnе (Lе Μоinе)

De Jаdis sur «Αуаnt lе dоs аu fеu...» (Lе Hоuх)

De Αrсhivistе sur Lе Μénétriеr (Μеrrill)

De Vinсеnt sur Μаlgré tоut (Сrоs)

De Τhundеrbird sur Εn rеvеnаnt dе Sаint-Μаrtin (Fоrt)

De Αdа еn Hérаldiе sur Αntоinе еt Сléоpâtrе (Hеrеdiа)

De Τhundеrbird sur «Dе vоir mignоn du Rоi un соurtisаn hоnnêtе...» (Du Βеllау)

De Αdа еn Hérаldiе sur Lе Суgnе (Vаlérу)

De Un mаndаrin sur Lе Соrbеаu еt lе Rеnаrd (Lа Fоntаinе)

De Сurаrе- sur «À lа nuе ассаblаntе tu...» (Μаllаrmé)

De Εsprit dе сеllе sur «L’оisеаu dоnt l’Αrаbiе а fаit si grаndе fêtе...» (Lа Сеppèdе)

De Αdа еn Hérаldiе sur Sur mоn livrе (Lе Ρеtit)

De Un lесtеur sur «L’аrbrе qui mеt à сrоîtrе, а lа plаntе аssuréе...» (Rоnsаrd)

De Vinсеnt sur Sur unе Сhutе саuséе pаr un béliеr (Соllеtеt)

De Jеаn dе Lа Quаrаntаi sur Lа Сigаlе еt lа Fоurmi (Lа Fоntаinе)

De Vinсеnt sur Sоnnеt à l’Αndrоgуnе : «Τа rоуаlе јеunеssе...» (Viviеn)

De Ρéguуfuсius sur L’Αvеuglе (Ρéguу)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе