François Coppée

Arrière-saison, 1887


Désir de gloire


 
J’ai vu des hardes surannées
Dans la boutique d’un fripier ;
Telle sera, dans peu d’années,
Ma pauvre gloire de papier.
 
On me lit. Soit. J’en ai des preuves
On réimprime encor mes vers.
J’apprends, par les paquets d’épreuves,
Que mes lauriers sont toujours verts.
 
Mais, hélas ! tout passe et tout lasse.
Les meilleurs et les plus fameux
À d’autres ont cédé la place,
Et l’on m’oubliera tout comme eux.
 
Tout bruit est vain et se dissipe,
Et, fût-on, comme Béranger,
Reproduit en tête de pipe,
La Mode est femme et veut changer.
 
Songe au passé, deviens modeste,
Ô poète ! et de tant d’efforts,
De tant d’œuvres, vois ce qui reste :
Des ruines ! des arbres morts !
 
Parfois, pourtant, la branche sèche
A l’air de reverdir un peu ;
Sur le mur ouvert d’une brèche
Grimpe un liseron rose et bleu ;
 
Et quelques vers, une élégie,
Un sonnet, sauvés de l’oubli,
Dans l’herbier de l’Anthologie
Conservent leur charme pâli.
 
Oh ! si, par bonheur, doit survivre
Un humble poème de moi,
Qu’il soit donc choisi dans ce livre,
Que j’ai, mignonne, écrit pour toi !
 
Vétéran n’ayant plus mon grade,
Poète oublié, triste et vieux,
Je serai mort, ma camarade,
Et tu m’auras fermé les yeux ;
 
Tu te rappelleras, ma chère,
Mes jours de la fin, si peu gais,
Et ma gloire si mensongère,
Quand tu passeras sur les quais
 
Et verras mes recueils intimes,
Jadis célébrés si souvent,
Qui, dans la boîte à dix centimes,
Seront feuilletés par le vent.
 
Mais qu’une enfant du voisinage
Qui te confiera ses amours,
— Car pour ces choses, malgré l’âge,
Tu seras clémente toujours, —
 
Ranimant en toi, pauvre vieille,
Le feu sous la cendre endormi,
Murmure, un jour, à ton oreille,
Un poème de ton ami,
 
Les seuls vers de lui qu’on connaisse,
Les seuls dont la tendre langueur
Émeuve encore la jeunesse
Et trouve un écho dans son cœur ;
 
Alors, joyeuse et rassurée,
Tu me trouveras bien heureux
Que ma chanson soit murmurée
Par les lèvres des amoureux !
 
Ces vers dont on garde mémoire
Seront deux fois récompensés,
S’ils défendent un peu ma gloire,
Eux qui m’ont valu tes baisers.
 
Des larmes mouillant tes lunettes,
Tu te souviendras qu’autrefois,
Accompagné par les fauvettes,
Je te les disais dans les bois.
 
Caressant, de ta main légère,
Mon front posé sur tes genoux,
Combien tu me savais sincère !
Combien mes chants te semblaient doux !
 
Oh ! qu’à son tour, la Renommée
Continue à les juger tels,
Et que, pour t’avoir tant aimée,
Je laisse des vers immortels !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Τуаrd : «Jе vis rоugir sоn blаnс pоli ivоirе...»

Βаïf : «Sоngе hеurеuх еt divin, trоmpеur dе mа tristеssе...»

Αpоllinаirе : Réсlаmе pоur lа mаisоn Wаlk оvеr

Lа Fоntаinе : Lе Lоup еt l’Αgnеаu

Τhаlу : L’Îlе lоintаinе

Lоrrаin : Déсаdеnсе

Βаudеlаirе : Саusеriе

Lоrrаin : Lа Μоrt dеs lуs

Сrоs : Αu саfé

Сrоs : À unе сhаttе

☆ ☆ ☆ ☆

Lоrrаin : Unе idуllе

Lоuvеnсоurt : «Lеs fеmmеs еt lа mеr n’оnt riеn dе dissеmblаblе...»

Viviеn : Lеs Lèvrеs pаrеillеs

Spоndе : «Qui sоnt, qui sоnt сеuх-là, dоnt lе сœur idоlâtrе...»

Gаutiеr : «Dаns un bаisеr, l’оndе аu rivаgе...»

Lоrrаin : Μiss Μisеr

Hugо : Сhаnsоn еn саnоt

Viаu : «Τоut у сhеvаuсhе, tоut у fоut...»

Соppéе : «Αuprès dе Sаint-Sulpiсе, un spесtасlе оdiеuх...»

Hugо : Ρrès d’Αvrаnсhеs

Cоmmеntaires récеnts

De Vinсеnt sur «Lе sоlеil еn tоus liеuх déсоuvrе sа lumièrе...» (Μоtin)

De Сосhоnfuсius sur «Μоn Diеu, quе је vоudrаis quе mа mаin fût оisivе...» (Spоndе)

De Vinсеnt sur Sоnnеt : «Ρоur vеinеr dе sоn frоnt...» (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur «Hélаs ! vоiсi lе јоur quе mоn mаîtrе оn еntеrrе...» (Rоnsаrd)

De Сосhоnfuсius sur «Sоngе hеurеuх еt divin, trоmpеur dе mа tristеssе...» (Βаïf)

De Jаdis sur Εn fасе dе lа pièсе d’еаu (Sаintе-Βеuvе)

De Αdа еn Hérаldiе sur Sоnnеt : «Τristе, lоin dе l’Αmiе, еt quаnd l’été déсlinе...» (Sаintе-Βеuvе)

De Αdа еn Hérаldiе sur «Lеs fеmmеs еt lа mеr n’оnt riеn dе dissеmblаblе...» (Lоuvеnсоurt)

De Αdа еn Hérаldiе sur Lа Ρоrtе vitréе (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Jаdis sur Lеs Сhrуsаlidеs (Lа Villе dе Μirmоnt)

De Сurаrе- sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De Jаdis sur Lе Сid (Fоurеst)

De Ρеrutz sur Lе Dеuil du mоulin (Соuté)

De Krоnеnbоurg sur «Εn un pеtit еsquif épеrdu, mаlhеurеuх...» (Αubigné)

De Ρоpаul ΙΙ sur Grееn (Vеrlаinе)

De Сurаrе- sur Lа Jumеnt Zizi (Rоllinаt)

De Сurаrе- sur «Lа mоrt а tоut mоn biеn еt mоn еspоir étеint...» (Αubin dе Μоrеllеs)

De Εsprit dе сеllе sur Lе Μаuvаis Jаrdiniеr (Gilkin)

De Vinсеnt sur «Dе Μуrtе еt dе Lаuriеr fеuillе à fеuillе еnsеrrés...» (Rоnsаrd)

De ΜаdаmеСоnnаssе sur «Jе sеns unе dоuсеur à соntеr impоssiblе...» (Rоnsаrd)

De Соrbеаu sur Lе Сосhоn (Rеnаrd)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе