Pierre Corneille


Que la Vérité parle au dedans du Cœur

sans aucun Bruit de Paroles


Parle, parle, Seigneur, ton serviteur écoute :
Je dis ton serviteur, car enfin je le suis ;
Je le suis, je veux l’être, et marcher dans ta route
        Et les jours et les nuits.
 
Remplis-moi d’un esprit qui me fasse comprendre
Ce qu’ordonnent de moi tes saintes volontés,
Et réduis mes désirs au seul désir d’entendre
        Tes hautes vérités.
 
Mais désarme d’éclairs ta divine éloquence ;
Fais-la couler sans bruit au milieu de mon cœur
Qu’elle ait de la rosée et la vive abondance
        Et l’aimable douceur.
 
Vous la craigniez, Hébreux, vous croyiez que la foudre,
Que la mort la suivît et dût tout désoler,
Vous qui dans le désert ne pouviez vous résoudre
        À l’entendre parler.
 
« Parle-nous, parle-nous, disiez-vous à Moïse,
Mais obtiens du Seigneur qu’il ne nous parle pas ;
Des éclats de sa voix la tonnante surprise
        Serait notre trépas. »
 
Je n’ai point ces frayeurs alors que je te prie ;
Je te fais d’autres vœux que ces fils d’Israël,
Et plein de confiance, humblement je m’écrie
        Avec ton Samuel :
 
« Quoi que tu sois le seul qu’ici-bas je redoute,
C’est toi seul qu’ici-bas je souhaite d’ouïr :
Parle donc, ô mon Dieu ! ton serviteur écoute,
        Et te veut obéir. »
 
Je ne veux ni Moïse à m’enseigner tes voies,
Ni quelque autre prophète à m’expliquer tes lois ;
C’est toi qui les instruis, c’est toi qui les envois,
        Dont je cherche la voix.
 
Comme c’est de toi seul qu’ils ont tous ces lumières
Dont la grâce par eux éclaire notre foi,
Tu peux bien sans eux tous me les donner entières,
        Mais eux tous rien sans toi.
 
Ils peuvent répéter le son de tes paroles,
Mais il n’est pas en eux d’en conférer l’esprit,
Et leurs discours sans toi passent pour si frivoles
        Que souvent on en rit.
 
Qu’ils parlent hautement, qu’ils disent des merveilles,
Qu’ils déclarent ton ordre avec pleine vigueur :
Si tu ne parles point, ils frappent les oreilles
        Sans émouvoir le cœur.
 
Ils sèment la parole obscure, simple et nue ;
Mais dans l’obscurité tu rends l’œil clairvoyant,
Et joins du haut du ciel à la lettre qui tue
        L’esprit vivifiant.
 
Leur bouche sous l’énigme annonce le mystère,
Mais tu nous en fais voir le sens le plus caché ;
Ils nous prêchent tes lois, mais ton secours fait faire
        Tout ce qu’ils ont prêché,
 
Ils montrent le chemin, mais tu donnes la force
D’y porter tous nos pas, d’y marcher jusqu’au bout ;
Et tout ce qui vient d’eux ne passe point l’écorce,
        Mais tu pénètres tout.
 
Ils n’arrosent sans toi que les dehors de l’âme,
Mais sa fécondité veut ton bras souverain ;
Et tout ce qui l’éclaire, et tout ce qui l’enflamme
        Ne part que de ta main.
 
Ces prophètes en fin ont beau crier et dire,
Ce ne sont que des voix, ce ne sont que des cris,
Si pour en profiter l’esprit qui les inspire
        Ne touche nos esprits.
 
Silence donc, Moïse ! et toi, parle en sa place,
Éternelle, immuable, immense vérité :
Parle, que je ne meure enfoncé dans la glace
        De ma stérilité.
 
C’est mourir en effet, qu’à ta faveur céleste
Ne rendre point pour fruit des désirs plus ardents ;
Et l’avis du dehors n’a rien que de funeste
        S’il n’échauffe au dedans.
 
Cet avis écouté seulement par caprice,
Connu sans être aimé, cru sans être observé,
C’est ce qui vraiment tue, et sur quoi ta justice
        Condamne un réprouvé.
 
Parle donc, ô mon Dieu ! ton serviteur fidèle
Pour écouter ta voix réunit tous ses sens,
Et trouve les douceurs de la vie éternelle
        En ses divins accents.
 
Parle pour consoler mon âme inquiétée ;
Parle pour la conduire à quelque amendement ;
Parle, afin que ta gloire ainsi plus exaltée
        Croisse éternellement.
 

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