Gaston Couté


Va danser


 
Au mois d’août, en fauchant les blés,
On crevait de soif dans la plaine.
Le cœur en feu je suis allée
Boire à plat ventre à la fontaine.
L’eau froide m’a glacé les sangs
Et je meurs par ce temps d’automne
Où l’on danse devant la tonne
Durant les beaux jours finissants.
 
J’entends les violons, Marie.
Va, petiote que j’aimais bien ;
Moi, je n’ai plus besoin de rien.
Va-t-en danser à la frairie.
J’entends les violons, Marie.
 
Veux-tu bien me sécher ces pleurs ?
Les pleurs enlaidissent les belles !
Mets ton joli bonnet à fleurs
Et ton devantier en dentelle :
Rejoins les jeunesses du bourg
Au bourg où l’amour les enivre ;
Car, si je meurs, il te faut vivre...
Et l’on ne vit pas sans amour !
 
J’entends les violons, Marie.
Va, petiote que j’aimais bien ;
Moi, je n’ai plus besoin de rien.
Va-t-en danser à la frairie.
J’entends les violons, Marie.
 
Rentre dans la ronde gaiement
Et choisis un beau gars dans la ronde
Et donne-lui ton cœur aimant
Qui resterait seul en ce monde.
Oui, j’étais jaloux, cet été,
Quand un autre t’avait suivi
Mais on ne comprend bien la vie
Que sur le point de la quitter.
 
J’entends les violons, Marie.
Va, petiote que j’aimais bien ;
Moi, je n’ai plus besoin de rien.
Va-t-en danser à la frairie.
J’entends les violons, Marie.
 
Après ça, tu te marieras,
Et quand la moisson sera haute,
Avec ton homme aux rudes bras,
Moissonnant un jour côte à côte,
Vous viendrez peut-être à parler,
Émus de pitié  grave et sobre,
D’un gars qui mourut en octobre,
D’un mal pris en fauchant les blés.
 
J’entends les violons, Marie.
Va, petiote que j’aimais bien ;
Moi, je n’ai plus besoin de rien.
Va-t-en danser à la frairie.
J’entends les violons, Marie.
 

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