Charles Cros

Le Coffret de santal, 1873


II
Vanité sous-marine


 

Amphitrite rose et blonde passe avec sa suite dans un lointain glauque, sous l’eau de la mer du Sud.

 

Comme les nymphes parisiennes qui vont au bois, elle conduit elle-même sa coquille de moule, délicieux coupé verni en noir luisant, rechampi d’azur et de nacre.

 

La belle abandonne ses cheveux à la brise liquide et salée. Ses paupières se ferment à demi et ses narines rosées se dilatent de plaisir en cette course aventureuse.

 

Avec quelle arrogance ses beaux bras s’allongent et tendent les rênes, minces algues vertes, des deux hippocampes fougueux à la robe alezane claire !

 

C’est l’imprévue absurdité féminine, désastreuse et adorable, plus fière des étoffes achetées que des blanches courbures de son sein, plus orgueilleuse de la pure généalogie de son attelage que de la transparence de ses prunelles.

 

Elle est attendue à quelque réunion de bienfaisance où des Néréïdes font la quête, escortées au milieu de la foule par des tritons empesés dans leur faux-col de cérémonie, et où les sirènes doivent se faire entendre au profit des cités ouvrières qui fabriquent le corail.

 

Elle arrivera en retard, un peu exprès, pour faire une entrée à sensation au milieu du discours officiel de M. Protée, organisateur zélé mais ennuyeux à entendre.

 

Elle arrivera en retard, car, heureuse d’être regardée, même par les plus humbles citoyens aquatiques, elle retient ses fringants hippocampes et les fait piaffer sur place, feignant de ne pouvoir obtenir qu’ils avancent.

 

N’est-ce pas d’ailleurs de la bienfaisance que de charmer gratuitement les yeux de tant de pauvres gens ?


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