Charles Van Lerberghe

Chanson d'Ève, 1904



 
« Suis-moi, suis-moi,
Suis ma voix, Ève blanche !
Par le bois enchanté,
De branche en branche,
Je vole et chante dans la clarté. »
 
Je te suis, bel oiseau de mon âme,
Bel oiseau d’or, je te suis, je te suis !
Je te suivrais au bout du monde,
Ô bel oiseau de paradis !
 
« Suis-moi, suis moi,
Suis ma voix, Ève blonde,
Et suis mes ailes !
Par le bois enchanté je chante, je vole,
Je vole et je chante devant toi. »
 
Je veux te suivre où tu m’appelles,
Ô rayon vivant !
L’âme humaine, aussi, a des ailes
Si impatientes de tous les espaces,
Et des chansons
Si folles de tous les horizons !
 
« Elle est lointaine,
La région où je te mène ;
Il est lointain,
Le beau pays de l’éternel demain. »
 
Ah ! qu’importe, oiseau d’or, chante encore.
Il semble que j’entende, quand tu chantes,
Mon âme entière qui m’attire.
Je suis venue avant l’aurore
Pour te suivre, ô voix puissante
À travers les bois et les landes,
Et toute la terre, oiseau d’amour.
« Ni mon nom n’est amour,
Ni beauté, ni puissance.
 
Je suis l’enfance du monde,
Et tout ce qui commence ;
Tout ce qui va vers un but clair,
Avec des yeux clairs.
Tout ce qui monte et qui s’élève,
Et qui aspire
À atteindre son rêve,
Sa propre fleur dans la lumière.
 
Je suis le désir, je suis l’espoir,
Aux souffles qui chantent,
Et le départ au matin d’or,
Sur les vagues dansantes.
 
Suis-moi, suis-moi,
Suis ma voix, fille humaine,
C’est le bonheur où je te mène. »
Je te suis, comme ton ombre légère
Vole après toi sur les fleurs de la terre.
Mais pourquoi
Es-tu toujours plus loin que moi ?
Pourquoi es-tu toujours en fuite,
Comme ce beau pays qui te ressemble ?
Petite flamme, allons ensemble,
Tu voles trop vite
Pour mon âme.
 
Puisque la route est longue encore,
Pose-toi un instant, dis, sur cette branche,
Petit oiseau du paradis,
Je voudrais te mieux voir,
Et que mes frêles doigts te touchent,
Petit oiseau blanc, couleur du temps,
Petit oiseau d’or, aux pattes d’argent.
 
« Je ne me pose pas.
Jamais ne se pose le Désir qui vole
Dans les ombrages d’ici-bas.
Il chante et veille,
Et ni les bosquets du sommeil
Ni la nuit et ses rets d’étoiles
N’arrêtent ses ailes. »
 
Ne puis-je au moins cueillir
Cette fleur du chemin,
Si pâle et si belle,
Si triste de mourir
Penchée dans la poussière ?
Elle s’est comme moi, tout un jour, approchée
De la lumière,
Sans pouvoir y atteindre.
Je voudrais l’y porter avec moi dans mes mains.
 
« Ne t’attarde pas en vain
Aux fleurs passagères ;
N’incline pas ton cœur vers la poussière,
N’écoute pas
La parole qui attire en bas.
Tout le ciel glorieux tressaille
D’autres chansons et d’autres ailes.
Tout l’espace azuré s’enivre
De soleil ;
C’est dans les airs au’il faut me suivre. »
 
Ah ! bel oiseau, hélas ! je suis lasse
Et mon cœur est las.
Tu as des ailes que les espaces
Ne fatiguent pas,
Bel oiseau de mon âme !
Toujours ailleurs est ton bonheur,
Toujours tes horizons s’effacent !
Je veux m’asseoir ici,
Ce soir, à cette place,
Entre ces fleurs ;
L’heure y est belle aussi,
Et c’est toujours le paradis.....
 
« Suis-moi, suis-moi,
Suis mes ailes et suis ma voix.
Par mes forêts et mes vallées,
Par mes solitudes profondes,
Je t’ai enchantée !
Tu me suivras au bout du monde. »
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μас Οrlаn : «Соmmе ј’étаis mаl...»

Rаоul Ρоnсhоn

Hugо : Lа Vасhе

Μаrоt : «Un grоs priеur sоn pеtit-fils bаisаit...»

Μаrоt : Dеs nоnnеs, qui sоrtirеnt du соuvеnt pоur аllеr sе réсréеr

Μаrоt : Βаllаdе dе frèrе Lubin

Τоulеt : «Соmmе lеs diеuх gаvаnt lеur pаnsе...»

Βаrbеу d’Αurеvillу : À Vаlоgnеs

Viviеn : «Ô fоrmе quе lеs mаins...»

Τоulеt : Sur lа Hаltе dе сhаssе dе Vаn Lоо.

☆ ☆ ☆ ☆

Μаrоt : À Αntоinе : «Si tu еs pаuvrе...»

Jаmmеs : Dаns l’аubеrgе fumеusе...

Βérоаldе : «Dе fеu, d’hоrrеur, dе mоrt, dе pеinе, dе ruinе...»

Βérоаldе : «Dе fеu, d’hоrrеur, dе mоrt, dе pеinе, dе ruinе...»

Sаiх : «Соmmе еn lа flеur dеsсеnd dоuсе rоséе...»

Αсkеrmаnn : Lе Сri

Vеrlаinе : Εх imо

*** : «Μа bеrgèrе Νоn légèrе...»

Rоllinаt : À l’inассеssiblе

Ρоpеlin : Lеs Сеrisеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt rоmаntiquе (Riсhеpin)

De Jаdis sur «Jе nе suis plus сеlui qui rеspirаit lа viе...» (Βérоаldе)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt : «Εllе а dеs уеuх d’асiеr ; sеs сhеvеuх nоirs еt lоurds...» (Frаnсе)

De Jаdis sur «Déјà lа nuit еn sоn pаrс аmаssаit...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Βаrquе, qui vаs flоttаnt sur lеs éсuеils du mоndе...» (Duplеssis-Μоrnау)

De Jаdis sur Αu lесtеur (Swаrth)

De Сurаrе- sur «Jе vоguе sur lа mеr, оù mоn âmе сrаintivе...» (Gоmbаud)

De Сurаrе- sur Lе Vœu (Hеrеdiа)

De hiаtus sur Ρоur lе Vаissеаu dе Virgilе (Hеrеdiа)

De Сurаrе- sur Sоnnеt à Sir Βоb (Соrbièrе)

De Ιхеu.е sur À l’inассеssiblе (Rоllinаt)

De Vinсеnt sur Un Ρеintrе (Hеrеdiа)

De Lе Gаrdеur d’Οiеs sur Ρоssеssiоn Frаnçаisе (Lеvеу)

De Frаnсisсо sur Dаns l’аubеrgе fumеusе... (Jаmmеs)

De Vinсеnt sur Lа Τоur dе Νеslе (Βеrtrаnd)

De Сhristiаn sur Lézаrd (Βruаnt)

De Dаmе Sаlаmаndrе sur «J’аi pоur mаîtrеssе unе étrаngе Gоrgоnе...» (Rоnsаrd)

De Jеаn-Ρаul ΙΙΙ sur «Εllе аimаit сеuх dоnt lе gоussеt...» (Ρеllеrin)

De јеаn-pаul sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Βirgittе sur Sоnnеt à mоn аmi R... (Αrvеrs)

De Vinсеnt sur Τrаnquillus (Hеrеdiа)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе